L'hôpital militaire de campagne de Mulhouse, un soulagement pour l’hôpital Emile Muller. Sébastien Bozon / AFP
L'hôpital militaire de campagne de Mulhouse, un soulagement pour l’hôpital Emile Muller. Sébastien Bozon / AFP
Jeudi, 26 Mars, 2020

Austérité. A l’Armée comme à l’hôpital : on les envoie au front sans munitions...

Mobilisée pour prêter main-forte, l’armée peut apporter un soutien précieux dans la crise sanitaire qu'affronte le pays. Mais, à l’instar des services publics, son service de santé manque de tout : matériel, médecins et lits.

Devant une tente kaki de l’hôpital de campagne de Mulhouse (Haut-Rhin), Emmanuel Macron s’est posé une énième fois en « chef de guerre », mercredi soir, lors de sa prise de parole télévisée. Et quoi de mieux que de jouer le scénario de l’appel de la nation à l’armée ? « Nous sommes en guerre et, face à ce qui se profile, j’ai décidé de lancer l’opération Résilience », déclare le président de la République, ajoutant que Résilience, distincte de l’opération Sentinelle, « sera entièrement consacrée à l’aide et au soutien des populations, ainsi qu’à l’appui aux services publics pour faire face à l’épidémie, en métropole comme en outre-mer ». Un recours à la grande muette dont le principe ne porte pas à débat : « Si l’armée ne peut pas se substituer aux services de santé, le fait de faire appel à elle est une démarche positive », estime André Chassaigne, député communiste qui siège à la commission de la Défense. Plusieurs pays voisins ont fait de même : en Italie, les militaires assurent des transports de malades et, ponctuellement, le transfert des dépouilles. En Espagne, l’armée est cantonnée pour l’instant à un soutien sanitaire, comme en Allemagne.

Les armées ont subi depuis 15 à 20 ans des coupes drastiques

Et en France ? Pour l’heure, outre cette opération Résilience, les armées ont permis de transférer plusieurs malades, notamment depuis Mulhouse vers les hôpitaux militaires de Marseille et Toulon et les établissements civils de Brest, Bordeaux et Quimper. Douze autres patients ont été acheminés de la Corse, particulièrement touchée, vers Marseille. Deux porte-hélicoptères, le Mistral et le Dixmude, sont envoyés vers les Antilles, La Réunion et Mayotte. Et il y a donc ce fameux « hôpital de campagne » de Mulhouse, situé en face de l’hôpital civil saturé, qui compte 30 places. Fort peu, en regard de la crise sanitaire. Et pour cause : les armées, comme l’ensemble de la sphère publique, ont subi depuis 15 à 20 ans des coupes drastiques. Le début du quinquennat d’Emmanuel Macron avait d’ailleurs été marqué par la polémique entre le président fraîchement élu et le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers à propos des moyens : une crise majeure qui s’était soldée par le limogeage – l’expression est militaire – du général.

Si les armées peuvent apporter un précieux soutien logistique, l’heure n’est plus à une capacité de déploiement et de soins. Le Service de santé des armées (SSA) a d’ailleurs été grandement affaibli. « Ma mission première est d’apporter le soutien médical à nos armées, et mes moyens ne sont pas illimités », a déclaré sa directrice centrale, Maryline Gygax Généro, dimanche dernier. Le SSA compte aujourd’hui 14 800 personnes, soit 1 % du service des soins publics en France. Depuis 2014, il a perdu 8 % de ses effectifs, soit 1 600 personnes. Comme l’ensemble des armées, le SSA a été rigoureusement réduit pour répondre à la doctrine militaire actuelle : une armée professionnelle d’opérations et de projections. Et à l’instar de l’AP-HP et de l’hôpital public, il manque de médecins, de respirateurs, de lits de réanimation et de médicaments. « L’affaiblissement du SSA a aussi des conséquences civiles, rappelle André Chassaigne. Cela concerne l’ensemble de la nation, car on peut avoir besoin d’eux, comme à l’époque des attentats. » La fermeture de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce en 2017, jugé trop coûteux par la Cour des comptes, est un symbole : celle d’une armée elle aussi touchée, pour partie, par les politiques d’austérité.

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