Centre de supervision vidéo de la police municipale de Marseille (Bouches du-Rhône). Ian Hanning/Rea
Centre de supervision vidéo de la police municipale de Marseille (Bouches du-Rhône). Ian Hanning/Rea

Campagne. LR et Macronie jouent la surenchère sécuritaire

Vendredi, 14 Février, 2020

LaREM et le parti de droite se lancent dans une course à l’échalote dangereuse sur le thème de la sécurité, articulée autour de deux mesures inefficaces et coûteuses : la vidéosurveillance et l’armement de la police municipale.

Elle est « la priorité des priorités » pour Marc-Philippe Daubresse (candidat LR à Lille), « la préoccupation principale des Parisiens », selon la tête de liste LaREM Benjamin Griveaux. À l’approche des élections municipales, LR et la Macronie replacent le thème de la sécurité au centre des débats. Dernier épisode en date, la rencontre entre le président de la République et les députés de sa majorité, mardi. « La fin du quinquennat, après les retraites, c’est l’écologie et le régalien », sous-entendu la sécurité, a-t-il annoncé. Alors qu’il a prévu de s’exprimer la semaine prochaine sur le communautarisme, Emmanuel Macron veut mettre le paquet sur la sécurité pour gagner les suffrages de l’électorat conservateur, au détriment de la droite traditionnelle.

« À sa droite, le gouvernement Macron a donné beaucoup de gages par sa politique répressive »

Selon le directeur de recherche au CNRS Sébastian Roché, il tente ainsi de combler un espace laissé aux « Républicains » en vue de la présidentielle de 2022 mais aussi du scrutin des 15 et 22 mars prochain : « À sa droite, le gouvernement Macron a donné beaucoup de gages par sa politique répressive et sur le front du terrorisme, mais il y avait toujours un trou dans l’armure concernant la délinquance quotidienne, sur laquelle il n’a pas tenu ses promesses. La droite, qui a l’habitude de se positionner sur ces thématiques pour aller chercher ses électeurs, profite donc de ce trou pour en faire le princ ipal enjeu des municipales », analyse-t-il.

Le président répond également à l’ex-LR Xavier Bertrand, qui dénonçait le 4 février dans le JDD le « fiasco de la politique sécuritaire » du chef de l’État. En fustigeant le laxisme dont ferait preuve l’État, le président de la région Hauts-de-France incite Emmanuel Macron à en faire plus avant la fin de son mandat, pourtant marqué par les violences policières et la dureté du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Les deux responsables politiques ne veulent pas laisser le terrain de la sécurité à l’extrême droite et s’engouffrent dangereusement dans la surenchère, confortés par de récents sondages. Hier, une enquête BVA a une nouvelle fois placé la sécurité comme « priorité des Français pour améliorer la situation dans leurs communes ».

Naturellement, la bataille des chefs se reflète localement, dans la campagne municipale, bien que les directions des deux partis se défendent de dicter leurs consignes. Pourtant, dans l’ensemble des grandes villes et la majorité des villes moyennes, les candidats LR et LaREM articulent tous leurs programmes sécuritaires autour des deux mêmes points : développer la vidéosurveillance et augmenter les effectifs de police municipale. LaREM semble calquer ses propositions sur celles du parti de Christian Jacob, même si l’original va plus loin que la copie, en proposant notamment des budgets plus élevés. Des annonces qui font recette, en s’appuyant sur les peurs de la population et un sentiment d’insécurité jugé grandissant, sans recherche d’efficacité. « C’est de la gesticulation, dénonce Sébastian Roché. Beaucoup de candidats ne savent pas quoi faire mais ils savent que la sécurité est une thématique importante. Ils se concentrent donc sur des petites phrases qui occuperont l’espace public et des symboles, comme la vidéosurveillance, dont on connaît aujourd’hui les limites. »

Malgré de nombreuses études qui montrent son inefficacité pour réduire la délinquance, la vidéosurveillance semble aujourd’hui acceptée par beaucoup de responsables politiques. Lors des campagnes de 2008 et 2014, la gauche et la droite s’opposaient sur la mise en place de ces dispositifs. En 2020, LR, LaREM et même le PS s’écharpent désormais sur le nombre de caméras à installer. C’est notamment le cas à Lille, Lyon, Bordeaux. Ou encore à Rennes, où la tête de liste macroniste veut « tripler » le nombre de caméras (soit environ une centaine), ce sur quoi son rival de droite rebondit : pour lui, ce sera 135 supplémentaires. Une surenchère électoraliste qui oublie le coût exorbitant du dispositif. Autre proposition très en vogue : l’armement de la police municipale. Mis en avant par le RN depuis plusieurs années, « Les Républicains » le proposent désormais quasi systématiquement. Et la Macronie suit, à Rennes, Lille, Grenoble et Paris notamment. Ces mesures conjointes entre l’extrême droite, LR et LaREM sont dangereuses, inefficaces et coûteuses. Et témoignent d’une course à l’échalote sécuritaire affligeante qui laisse présager le pire, pour 2020 comme pour 2022.

Florent Le Du
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