Le 19 janvier, à la chancellerie fédérale à Berlin. Angela Merkel et Emmanuel Macron, lors d’une conférence internationale visant à consolider la trêve en Libye. Les deux dirigeants veulent faire de l’UE une puissance plus autonome. J. Macdougall/AFP
Le 19 janvier, à la chancellerie fédérale à Berlin. Angela Merkel et Emmanuel Macron, lors d’une conférence internationale visant à consolider la trêve en Libye. Les deux dirigeants veulent faire de l’UE une puissance plus autonome. J. Macdougall/AFP

Diplomatie. À Munich, un Occident à l’ouest

Vendredi, 14 Février, 2020

Une conférence sur la sécurité s’ouvre ce vendredi dans la capitale du Land de Bavière, en présence de dirigeants et diplomates du monde entier. Cette année, au menu des débats : le déclin du bloc occidental.

Quel rôle pour l’Occident ? La question agite les dirigeants politiques, diplomates, chercheurs qui participent du vendredi 14 au dimanche 16 février à la conférence sur la sécurité de Munich (MSC). Le rapport annuel de la MSC, déjà publié, est entièrement consacré au thème du « Westlessness », littéralement « l’absence d’Ouest ».

Toute la question est, pour les pays ­européens, les États-Unis, mais aussi la ­Nouvelle-Zélande et l’Australie de savoir si le modèle occidental, fondé sur le libre-échange, la « démocratie représentative », peut continuer de s’étendre à l’infini. En marge du rapport, Frank-Walter Steinmeier, le président allemand, est cité pour avoir déclaré, en septembre 2019 : « Accrochons-nous à la conviction que l’ouest est plus qu’une direction sur une boussole… »

Mais, derrière cette bataille sur les valeurs, c’est un bras de fer militaire et stratégique qui se joue, avec pour objectif la domination future des firmes occidentales. Il n’est pas étonnant qu’à plusieurs reprises le rapport s’inquiète du manque d’entrain des pays occidentaux – hormis quelques-uns – à respecter l’objectif de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord de dépenser 2 % de leur PIB pour leur défense. De même, le rapport montre que l’interventionnisme en vogue en 2001 et 2003 en Afghanistan et Irak, officiellement pour exporter la démocratie, n’a plus la cote. Ni dans les opinions publiques, ni chez les dirigeants. Toujours dans une logique de blocs, le rapport déplore que cette situation nouvelle ait permis à la Russie de se réaffirmer au Proche-Orient, notamment en Syrie.

Face à la montée en puissance de la Chine, de la Russie, mais aussi de l’Inde, les ­Occidentaux sont divisés. « Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le XVIIIe  siècle reposait sur une hégémonie occidentale », expliquait le président français Emmanuel Macron le 27 août 2019, à l’occasion de sa conférence aux ambassadeurs. « Les choses changent. Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises, par les choix aussi américains depuis plusieurs années et qui n’ont pas commencé avec cette administration mais qui conduisent à revisiter certaines implications dans des conflits au Proche et Moyen-Orient et ailleurs, et à repenser une stratégie profonde, diplomatique et militaire, et parfois des éléments de solidarité », alertait-il. Cela explique les débats parmi les ­Européens – portés par Emmanuel Macron, mais aussi par la chancelière allemande, Angela Merkel – pour faire de l’Union européenne une puissance plus autonome.

La logique de la course aux armements reste une priorité

Ainsi, le président français, qui considère l’Europe de la défense comme une priorité de son quinquennat, espère la définition d’une « culture stratégique partagée » en Europe, afin de défendre une influence militaire et diplomatique dans le monde à venir. Et la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, a prévenu lors de sa nomination l’an dernier qu’elle serait à la tête d’une « Commission géopolitique », à même par exemple de peser dans le conflit commercial entre Washington et Pékin.

Car la montée du nationalisme à l’est de l’Europe, mais également le cavalier seul des États-Unis, notamment sur l’Iran, minent l’alliance euroatlantique, et aussi une conception multilatérale des relations internationales, aujourd’hui défendue par les pays européens, mais surtout par ­Moscou ou Pékin !

En réalité, les dirigeants occidentaux ont du mal à sortir de leurs vieilles grilles de lecture en termes de blocs. Le discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire, vendredi 7 février à l’École militaire, montre que la logique de la course aux armements reste une priorité. Si le président français a entamé depuis la ­réception de Vladimir Poutine au château de Versailles le 29 mai 2017 un travail louable pour que Moscou s’engage à un cadre de sécurité commune en Europe, il n’est pas sûr que ses alliés de l’Est européen, mais aussi aux États-Unis, suivent. En février 2019, Mike Pence grinçait des dents. « Nous ne pouvons assurer la défense de l’Ouest si nos alliés dépendent de plus en plus de l’Est… » Cette logique du « eux contre nous » isole les peuples du bloc occidental et empêche un dialogue avec les autres puissances pour régler les problèmes communs que sont le réchauffement climatique, la lutte contre les pandémies, les conflits et la faim dans le monde. Toutes ces questions qui seront fautrices des troubles à venir.

Gaël De Santis
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