Éditorial. Briser l’omerta

Vendredi, 7 Février, 2020

L'éditorial de Laurent Mouloud.  l’affaire va bien au-delà du cas Gailhaguet. Derrière son entêtement, c’est toute l’organisation du contrôle et de l’encadrement dans le monde du sport – 16 millions de licenciés – qu’il convient d’interroger.

Rien n’arrête la vague MeToo. Après le cinéma ou encore le monde politique, elle franchit désormais les portes des stades. Les témoignages d’anciennes patineuses sur les violences sexuelles que leurs entraîneurs leur auraient fait subir ont eu l’effet d’un électrochoc. La parole se libère, ouvrant la voie – on l’espère – à une vaste introspection du monde sportif et notamment des dysfonctionnements de ses instances dirigeantes. Mais briser l’omerta ne sera pas simple. Comme en témoigne l’attitude de Didier Gailhaguet, indéboulonnable président de la Fédération française des sports de glace, qui, pointé du doigt pour sa gestion de l’affaire, refuse obstinément de démissionner, cramponné à son vieux trône.

Avouons-le, il y avait quelque chose de pathétique, mercredi, à le voir face à la presse faire des circonvolutions autour de sa petite personne, admettant des «  erreurs » mais pas de «  faute », détournant l’attention sur d’autres disciplines, imaginant des actions de prévention qui n’ont jamais existé… Indécent à l’heure où les souffrances d’adolescentes s’étalent à la une. Faut-il lui rappeler que les entraîneurs accusés ont occupé des fonctions importantes au sein de sa fédération ? Qu’il a lui-même nommé Gilles Beyer, accusé de viol, membre de son bureau exécutif ? L’enquête dira si Gailhaguet a une responsabilité pénale. Mais il a d’ores et déjà, en tant que président, une responsabilité morale à laquelle il ne peut se soustraire.

Enfin, l’affaire va bien au-delà du cas Gailhaguet. Derrière son entêtement, c’est toute l’organisation du contrôle et de l’encadrement dans le monde du sport – 16 millions de licenciés – qu’il convient d’interroger. L’omerta ne vient pas de nulle part. Elle est aussi le fruit d’un système qui permet à de véritables baronnies de prendre le contrôle de fédérations durant des décennies. Cet entre-soi d’affidés, où chacun est redevable de l’autre, favorise à l’évidence les silences coupables. Y mettre un terme serait déjà un premier pas vers une prise de conscience générale qui, soyons-en sûrs, ne fait que commencer.

Par Laurent Mouloud
×