Jeudi, 26 Mars, 2020

Éditorial. Les aveux

L'éditorial de Maurice Ulrich. Quand un économiste aussi libéral que François Lenglet déclare, dans le Figaro, que nous trouverons les moyens de faire redémarrer un État providence en matière de santé, avec les banques centrales et les impôts sur « les riches ». Notons au passage que l’État providence n’est pas autre chose qu’un État qui assume ses responsabilités en matière de santé, de prestations sociales, de services publics.

Plus de 2 milliards d’habitants de notre planète sont désormais confinés. On pense à ces mots de Paul Valéry en d’autres circonstances : « Nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. » C’est alors que certaines annonces – on pense à celles de Donald Trump niant la gravité de la situation – prennent la dimension de crimes planétaires.

A contrario, il semblerait, à première vue, que c’est ainsi que l’esprit vient à d’autres. Bruno Le Maire vient d’appeler les entreprises à « faire preuve de la plus grande modération » dans le versement de dividendes à leurs actionnaires. Il faut peut-être lui reconnaître un certain sens de la pudeur si l’on se souvient que la France est, en la matière, sur le podium mondial. Mais quel aveu au regard des discours qui nous ont été tenus depuis des mois sur les premiers de cordée, sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour stimuler les investissements, etc. Ce que vient de dire Bruno Le Maire, c’est que tout cela, c’était de la poudre aux yeux.

Quel aveu, aussi, quand un économiste aussi libéral que François Lenglet déclare, dans le Figaro, que nous trouverons les moyens de faire redémarrer un État providence en matière de santé, avec les banques centrales et les impôts sur « les riches ». Notons au passage que l’État providence n’est pas autre chose qu’un État qui assume ses responsabilités en matière de santé, de prestations sociales, de services publics.

Quelles conversions spectaculaires. Mais ceux qui abjurent leur foi continuent souvent à adorer leurs dieux en secret et préparent le retour des bons jours. C’est bien ce qui se passe avec les ordonnances de mercredi, au nom d’une situation d’exception qui légitimerait et ferait perdurer l’exception. Elles vont à l’inverse de ce qui est nécessaire pour protéger les travailleurs, et les victimes collatérales du Covid-19 ne peuvent pas être le droit du travail et la démocratie.

Par Maurice Ulrich
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