Selon l’Insee, 5	0	% des 5	400 enfants vivant à Mayotte ne sont pas scolarisés. Georges Merillon/Divergence
Selon l’Insee, 5 0 % des 5 400 enfants vivant à Mayotte ne sont pas scolarisés. Georges Merillon/Divergence

Égalité. À Mayotte, la politique migratoire, un mal public

Jeudi, 13 Février, 2020

Le Défenseur des droits fait le lien entre la lutte acharnée contre l’immigration menée sur l’île française et les carences d’accès aux droits de ses habitants.

« À Mayotte, plus qu’ailleurs, il existe un écart immense entre les droits consacrés et ceux effectivement exercés. Les droits fondamentaux – droits à l’éducation, à la sûreté, à la santé, à vivre dans des conditions décentes – n’y sont pas effectifs. » Dans un rapport rendu public ce mardi, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, pointe les graves dysfonctionnements dans l’accès aux droits fondamentaux des personnes vivant dans le 101e département français.

Il note, par ailleurs, que les principales victimes de ces carences sont parmi les plus vulnérables : les enfants et les étrangers. Or, selon l’Insee, 50 % des habitants de l’île comorienne annexée par la France ont moins de 18 ans. Trois sur dix ont même moins de 10 ans. S’y ajoutent 60 000 mineurs étrangers. Et l’institut de statistiques d’ajouter : « 5 400 enfants mineurs vivent dans un logement, mais sans leurs parents. La moitié d’entre eux ne sont pas inscrits dans un établissement scolaire. »

Préjugés et faux motifs

Le Défenseur des droits s’inquiète également du manque de médecins généralistes et de lits hospitaliers. Il alerte aussi sur le « sous-déploiement du dispositif d’accueil » des étrangers faisant face « à des règles dérogatoires et toujours plus restrictives » et « à une politique d’accueil et d’intégration (…) pratiquement inexistante. » Or, pour Jacques Toubon, « si le sous-dimensionnement des services publics mahorais est tel qu’il ne permet pas d’en assurer la jouissance à l’ensemble des personnes (…), la responsabilité doit être cherchée du côté de ceux qui en ont la charge et non de ceux qui en ont l’usage ».

Mais, en pratique, il semble que les représentants insulaires de l’État français aient comme seule préoccupation la lutte contre l’immigration irrégulière. Sur ce territoire, 48 % des 256 000 habitants sont considérés, par l’Insee, comme des étrangers, bien que 95 % d’entre eux soient issus de l’archipel des Comores. Or, l’annexion par la France de l’une de ces îles n’a jamais été reconnue par les Nations unies et reste, de fait, illégale du point de vue du droit international. Le Défenseur des droits ne revient pas sur cet aspect de la situation, mais considère cependant que l’obsessionnelle chasse aux Comoriens sans visa menée par les autorités constitue un « biais politique ». Il dénonce notamment les atteintes aux droits « fréquentes et répétées » que sont l’ « exécution expéditive des éloignements », le placement en rétention de milliers d’enfants, les rattachements arbitraires de mineurs à un tiers pour favoriser l’exécution de leur éloignement, etc.

« Un discours assez unanimement répandu consiste à dire que l’immigration, présentée comme incontrôlée, empêche tout progrès, parce que reconnaître des droits et les rendre effectifs reviendrait en réalité à favoriser l’immigration irrégulière, note l’ancien ministre de Jacques Chirac. Ce préjugé constitue un frein, par exemple pour l’aide sociale à l’enfance. » Et d’insister : « Mayotte ne se trouve pas dans une situation d’envahissement. Il n’y a pas de raison de se saisir de ce faux motif pour ne pas développer les services publics, notamment dans l’éducation. »

Une analyse de la situation à mettre en perspective avec les déclarations du président de la République, en visite sur l’île l’automne dernier. Emmanuel Macron s’était alors trouvé fort satisfait que les reconduites à la frontière aient « fortement augmenté », atteignant, avec 27 000 expulsions en 2019, une hausse de 39 % par rapport à 2017.

Émilien Urbach
×