Le président ukrainien s’oppose pour l’instant à la tenue du scrutin dans le Donbass. AFP
Le président ukrainien s’oppose pour l’instant à la tenue du scrutin dans le Donbass. AFP

Europe. L’Ukraine souhaite réécrire les accords de paix

Vendredi, 14 Février, 2020

En remettant en cause la partie politique des accords de Minsk II, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, risque de geler le processus de paix. L’est du pays se prépare à des soubresauts.

Deux mois après la réunion au format dit de « Normandie », qui regroupe la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie, le processus de paix pour le Donbass pourrait se retrouver à nouveau gelé. La possibilité que des affrontements sporadiques reprennent n’est pas à exclure, six ans après le début du conflit, qui a déjà fait plus de 13 000 morts, des dizaines de milliers de blessés, et plus d’un million de déplacés. La feuille de route sur laquelle s’étaient engagés les quatre dirigeants à Paris le 9 décembre a été en partie appliquée.

56 % d’Ukrainiens hostiles à un statut spécial pour le Donbass

Le point le plus sensible pour déboucher sur un arrêt des combats dans l’est de l’Ukraine reste en suspens : l’organisation d’un scrutin dans les Républiques populaires autoproclamées de Lougansk et Donetsk (LPR et DNR) et la mise en place de leur statut. « Aujourd’hui, on aborde le cœur du problème dans les négociations, la partie politique. Le gouvernement ukrainien souhaite un contrôle de la frontière avant l’organisation des élections dans le Donbass. Mais les accords de Minsk stipulent clairement que c’est la dernière étape du processus qui a lieu au terme du scrutin. Donc, il faut que l’Allemagne et la France en tant que parrains des accords acceptent une réécriture en prenant en compte les réalités politiques et du terrain, et que la Russie y soit favorable. Ce n’est pas évident. Sauf si le gouvernement de Zelensky cède quelque chose en contrepartie », estime Arnaud Dubien, le directeur de l’Observatoire franco-russe.

Cinq ans jour pour jour après la signature des accords de Minsk II (12 février 2015), l’exécutif ukrainien a fait savoir officiellement qu’il s’opposait à la tenue du scrutin dans le Donbass pour plusieurs raisons. La principale étant qu’il n’y a pas de sécurité adéquate pour permettre son organisation et éviter des fraudes et des pressions. De même, les déplacés et les réfugiés installés dans d’autres villes ukrainiennes ou en Russie qui ont fui les combats pourront-ils y participer ? Si le président ukrainien, Volodymyr Zelensk, y a été élu pour régler la situation dans le Donbass, comme le démontrent encore les enquêtes d’opinion où une majorité d’Ukrainiens veulent la paix, près de 56 % se déclarent hostiles à l’octroi d’un statut spécial au Donbass et à une amnistie des combattants séparatistes…

Une désescalade militaire et un accord sur le gaz

Deux avancées majeures ont quand même eu lieu en plus des échanges de prisonniers ces derniers mois : une désescalade militaire et un accord sur le gaz entre Kiev et Moscou. Un retrait des armes lourdes de trois nouvelles « zones » de la ligne de séparation est mis en place ainsi qu’un plan de déminage. L’autre progrès est d’avoir évité une nouvelle guerre du gaz. Les Russes et Ukrainiens ayant annoncé le 20 décembre un protocole d’accord sur la prolongation du transit du gaz russe à travers l’Ukraine vers l’Europe, pour cinq ans.

À deux mois d’un futur sommet à Berlin du groupe de Normandie, deux autres décisions méritent réflexion. Côté russe, Vladimir Poutine a opté pour l’éviction de son responsable des négociations, Vladislav Sourkov, mercredi 12 février. Les liens étroits de Sourkov avec les autorités du LPR et DNR ne favorisaient pas les pourparlers. Son remplaçant, Dmitri Kozak, un proche du président russe, est plus pragmatique. Côté ukrainien, le président a limogé mardi le chef de son administration, Andriy Bohdan, en le remplaçant par Andriy Iermak, son principal négociateur avec la Russie. La question principale demeure l’intégration de l’Ukraine à l’Otan. Depuis 2014, l’objectif de Moscou est de s’y opposer.

Vadim Kamenka
×