Les joueurs de Belfort ont éclaté de joie après avoir battu Montpellier en 8e de finale, le 28 janvier, au stade Roger-Serzian. S. Bozon/AFP
Les joueurs de Belfort ont éclaté de joie après avoir battu Montpellier en 8e de finale, le 28 janvier, au stade Roger-Serzian. S. Bozon/AFP

Football. À Belfort, le Lion veut manger le Rennes

Mardi, 11 Février, 2020

Le club amateur franc-comtois (N2) affronte l’équipe bretonne, 3e de Ligue 1, ce mardi en quart de finale de Coupe de France. Dans un département sinistré par le chômage, la belle épopée redonne de la fierté au Territoire.

Un ballon d’oxygène. Le cuir parfois peut donner des ailes et procurer un shoot de fierté. Depuis plusieurs semaines, l’ASM Belfort (National 2), petit poucet de la Coupe de France, vit un rêve éveillé et sa fabuleuse épopée redonne des couleurs à un département durement touché par la crise économique. Déjà tombeur de trois clubs professionnels (Gazélec Ajaccio, Nancy et Montpellier), le petit club amateur défie Rennes (Ligue 1) en quart de finale ce mardi au stade Auguste-Bonal de Sochaux.

C’est peu de dire que la cité du Lion rugit à nouveau. Dans ce territoire sinistré par les plans sociaux qui frappent régulièrement l’emploi industriel – General Electric a annoncé récemment la suppression de 485 emplois, sur les 1 750 que compte le site de production des turbines à gaz à Belfort –, l’aventure de l’Association sportive municipale Belfortaine FC suscite un immense engouement populaire. « Tout le monde ne parle que de ça, lance Maxime Loichot, 21 ans, milieu de terrain et auteur du tir au but victorieux face à Montpellier, qui a propulsé le club en quart de finale. Les gens nous arrêtent dans la rue, ils veulent tous qu’on aille au bout ! Tout le pays de Belfort-Montbéliard se met à rêver. Ça fédère, ça rassemble… C’est pas une région riche mais elle a de belles valeurs. » Et ce surveillant dans un collège d’ajouter : « Notre capitaine a 36 ans, il n’a jamais vu ça ! Et dire que moi, c’est ma première Coupe de France… »

En atteignant les quarts de finale, le club touchera 300 000 euros

Kiné dans le civil, Jean-Paul Simon, président bénévole depuis dix-sept ans de l’ASM Belfort, abonde en son sens. « Ça donne du bonheur aux gens, ça permet de rêver un peu, raconte celui dont le club n’avait jamais dépassé les 32es de finale. Et pour nous ça représente un bol d’air financier. » En atteignant les quarts de finale, le club touchera 300 000 euros de la Fédération française de football, organisatrice de l’épreuve. Sans compter la buvette et les recettes du stade. Une somme importante pour l’ASM Belfort, dont le budget annuel est de 700 000 euros. « Et si on se qualifie en demie, ce sera 280 000 euros de plus ! » s’exclame le président de ce club de 600 licenciés. De l’argent qui va surtout renflouer les caisses après trois mauvais exercices. « Déjà on ne sera plus à découvert ! Mais cette somme va surtout permettre de pérenniser l’avenir du club, souligne Jean-Paul Simon. On va pouvoir investir dans le pédagogique et l’éducatif, améliorer le quotidien, peut-être acheter un minibus, changer les chasubles… Ça va nous donner un peu de sérénité. »

Habituée à jouer devant « environ 150 personnes en championnat », l’équipe franc-comtoise a décidé de quitter son antre porte-bonheur, le stade Serzian (4 500 places), pour accueillir Rennes dans l’enceinte du FC Sochaux. Ce lundi, 16 000 places sur les 20 000 que comptent les tribunes avaient déjà trouvé preneur. « Rennes, c’est un ou deux niveaux au-dessus de Montpellier, glisse Maxime Loichot, formé au FC Sochaux et qui, il y a un an, pensait à arrêter le football alors qu’il ne trouvait pas de club. Si les Rennais sont à 100 %, on n’a aucune chance, mais, s’ils sont à 99 %, c’est jouable. Même si on n’a qu’une seule chance, on va la jouer à fond. Il suffit que ça bascule dans la folie complète comme la dernière fois… »

Un piège que Jean-Paul-Simon aimerait tendre aux Bretons, après avoir éliminé au tour précédent les Héraultais aux tirs au but. « On n’a aucune pression, dit-il. Nous, on a tout à gagner donc rien à perdre… » Dans cette période d’euphorie, le président franc-comtois garde néanmoins les pieds sur terre, conscient que le plus important est ailleurs. Monté en National il y a cinq ans, l’ASM Belfort est redescendu en N2 il y a trois ans. Depuis, le club lutte pour le maintien. Battu à domicile vendredi face au leader Sedan (0-2), Belfort (18 points) occupe la 9e place dans un championnat très resserré, à 4 unités seulement de la lanterne rouge, l’Olympique de Saint-Quentin (Aisne). « Je ne m’emballe pas, confie-t-il. Le plus important, c’est de se maintenir et de stabiliser le club. Ça veut dire ne pas perdre trop de joueurs à l’intersaison et faire un bon recrutement. Si on dispute un quart de finale de Coupe de France et qu’on ne se maintient pas en N2, ça n’a aucun intérêt… »

Nicolas Guillermin
×