Très inquiet, Martin Hirsch, directeur des Hôpitaux de Paris,	indique «	n’avoir plus qu’une visibilité de trois jours	».
Très inquiet, Martin Hirsch, directeur des Hôpitaux de Paris, indique « n’avoir plus qu’une visibilité de trois jours ».
Jeudi, 26 Mars, 2020

Île-de-france. AP-HP, « la vague est là »

Réquisition de personnels, équipements, versement d’une « prime » : le patron des hôpitaux franciliens, Martin Hirsch, réclame des mesures fortes.

Le plus grand groupe hospitalier français crie au secours face à la vague épidémique. Cette dernière s’apprête à déferler sur les 39 établissements d’Île-de-France de l’AP-HP, déjà en tension. « Nous avons passé le cap des 1000 patients graves pris en charge dans les réanimations des hôpitaux » parisiens, a indiqué hier son directeur général, Martin Hirsch. Qui se dit très inquiet pour la suite : « J’ai une visibilité de trois jours. » Face à l’urgence sanitaire, le patron de l’AP-HP a été contraint de lancer un « appel à l’aide » : « On est dans un moment qu’on peut qualifier de moment charnière. Je ne veux pas que ça soit un moment de bascule. »

Pour limiter la catastrophe sanitaire, Martin Hirsch a exigé « quatre assurances fortes ». « La première, c’est que je puisse, face à chaque malade grave, mettre un respirateur, insiste le haut fonctionnaire au micro de France Info. Je ne veux pas qu’on connaisse les difficultés qu’on a connues sur les masques pour les respirateurs qui permettent de sauver des vies. » Mais il ne s’arrête pas là. La réquisition du personnel est une priorité, selon lui, pour affronter l’afflux de patients : « Aujourd’hui, les techniciens, les médecins, les infirmiers travaillent tout le temps. Je ne veux pas qu’on soit face à un épuisement. » Pour ceux qui font des efforts « surhumains », Martin Hirsch envisage le versement d’une prime. « Il faut qu’on leur dise aujourd’hui : “merci”. Il ne faut pas mégoter avec eux. C’est moral, c’est pour le moral des troupes. Ils en ont besoin. » Enfin, il demande une garantie aux industriels et aux pouvoirs publics : avoir des médicaments en nombre suffisant. Un discours qui tranche fortement avec les plans d’austérité déployés à l’AP-HP depuis son entrée en fonction en 2013…

« C’est prenant, fatigant, usant, et ça ne fait que commencer »

C’est que, depuis, le coronavirus a fait des ravages en Île-de-France. Les établissements accueillent déjà 1 600 patients atteints du Covid-19, dont 450 en réanimation. En surchauffe, l’AP-HP a lancé hier, avec la Fondation de France et l’Institut Pasteur, un appel aux dons via le site Tous unis contre le virus . Les nouvelles sont déjà dramatiques. «  La vague est là, témoigne un anesthésiste-réanimateur de l’AP-HP à l’AFP. Ça commence à déborder de partout. On reçoit les appels incessants du Samu, qui cherche des places en réanimation. Il y en a encore en Île-de-France, mais de moins en moins. » « On commence à se demander comment on va tenir, lâche-t-il. Autant les médecins que les paramédicaux. C’est prenant, fatigant, usant, et ça ne fait que commencer. »

Loin de répondre aux inquiétudes, Emmanuel Macron s’est contenté hier de rendre un « hommage au personnel soignant », lors de son déplacement à l’hôpital de campagne de Mulhouse, dans la région Grand-Est. Jour après jour, les cas positifs et les morts se multiplient. L’ARS recensait mardi soir 2 722 personnes hospitalisées, dont 595 en réanimation et 407 décès. En Moselle, les hôpitaux sont aussi au bord de la rupture, les personnels se sentent abandonnés. « Nous n’avons ni les lits, ni les locaux, ni les équipements, ni les personnes pour augmenter nos capacités dans des proportions extrêmement importantes », s’inquiétait lundi Marie-Odile Saillard, directrice générale du CHR de Metz. Le pic épidémique pourrait être atteint en milieu de semaine prochaine, dans cette région.

lola ruscio
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