Mardi, 5 Novembre, 2019

Ils n’ont pas honte !. Avec Blanquer, le niveau de com monte

Le ministre présente avantageusement les résultats des évaluations de CP et CE1, quitte à travestir la réalité.

«Le niveau des élèves remonte ! » Le titre barrait la une du dernier Journal du dimanche, à côté d’un Jean-Michel Blanquer au large sourire. Tellement regonflé à la confiance, le ­ministre de l’Éducation nationale, qu’il n’hésite pas à qualifier de « moment histo­rique pour l’école » la publication des résultats des évaluations en CP et CE1. « La maîtrise des savoirs fondamentaux est en hausse » et « l’amélioration est plus forte pour ceux qui viennent des territoires les plus défavorisés », claironne-t-il, délivrant « un message de confiance : la France peut ­assurer la réussite de tous ses ­enfants ». Grâce à lui, en général, et aux dédoublements des classes de CP et CE1 en éducation ­prioritaire, en particulier, qu’il a imposés au mépris des syndicats, ces éternels râleurs…

Seulement, à y regarder de près, le triomphe du ministre a quelque chose de frelaté. D’abord parce qu’il ment par omission, occultant les chiffres qui ne servent pas son discours. Comme cette absence de rattrapage du retard des élèves en REP + (éducation prioritaire renforcée) par rapport aux autres. Interrogé par le site du Café pédagogique, le chercheur Roland Goigoux évoque carrément un « fiasco » : « L’effet des dédoublements est positif mais faible. Les dédoublements ne fonctionnent pas », malgré « l’énorme effort budgétaire » qu’ils représentent – au détriment d’autres dispositifs. Explication : le ministère a défini les seuils distinguant les élèves en difficulté des autres… après l’analyse des résultats des évaluations ! Autrement dit, le « niveau » vanté par le ministre n’a pas été défini en fonction des performances attendues des élèves, mais en fonction des résultats que le ministère voulait mettre en avant. C’est « de la propagande gouvernementale », tacle Rodrigo Arenas, président de la FCPE (principale fédération de parents d’élèves). Avec Blanquer, le niveau des élèves stagne, mais le niveau de com monte. 

Olivier Chartrain
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