Ils n’ont pas honte !. « Difficile, fainéant, emmerdeur », lorsque Vinci Autoroutes fiche ses salariés

Jeudi, 13 Février, 2020

À la suite du fichage illégal des salariés du gestionnaire d'autoroutes, révélé par Mediapart, la CGT va saisir la justice.

« I l imprime pas. Il est limité » , « Moins elle en fait, mieux elle se porte » , « Souci d’alcool », « Enfants pas stables ». « Encarté CGT » ou bien « gréviste systématiquement » : le 6 février, Mediapart révélait, documents à l’appui, un fichier listant les salariés du groupe Vinci Autoroutes Centre-Auvergne. La « liste du perso en situation au 02/07/2019 » dévoile les noms des 315 employés de cette division précisant leur âge, le taux de rémunération et le poste occupé. Pour 184 d’entre eux, une colonne supplémentaire affiche des commentaires sur le travail, la syndicalisation, la vie personnelle… « Ce qui restait au stade de bruits de couloir se révèle un énorme choc pour tous les salariés de Vinci Autoroutes », observe Gwenaëlle Labarthe, représentante de la CGT ASF – Autoroutes Sud de la France, la société de Vinci Autoroutes dont dépend le secteur Centre-Auvergne. « Aujourd’hui, les langues se délient et beaucoup témoignent de l’existence d’autres fichiers, sans pouvoir en apporter la preuve. » Côté direction, on affirme qu’il s’agit de notes personnelles, d’un document isolé, surtout pas d’un fichier partagé. « Les photos diffusées par Mediapart montrent pourtant bien un fichier Excel », constate la militante CGT, qui précise que « la direction explique avoir détruit le document ». Cette dernière se dédouane sur la responsable des ressources humaines alors en poste. « Le fichier date du 1er  juillet 2019. Or, elle était arrivée la veille ! » Pour la CGT, il ne peut s’agir de l’acte d’une seule personne : « Les salariés sont disséminés sur l’ensemble du territoire. Une DRH ne peut pas recueillir tant d’informations sur tout le personnel. C’est forcément un acte collaboratif. » Le syndicat entend porter l’affaire devant la justice. Car toute collecte de données personnelles est contraire à la loi de 1978 sur la protection de ces données. Et le fichage syndical de grévistes relève de la discrimination syndicale et du délit d’entrave.

Nadège Dubessay
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