(Photo : Stéphane de Sakutin/AFP)
(Photo : Stéphane de Sakutin/AFP)
Mardi, 18 Février, 2020

Ils n’ont pas honte ! Quand la banque entre au collège

Des cours de finance sont délivrés à des élèves de 4 e avec du matériel pédagogique élaboré par un lobby bancaire.

Dans cinq académies, des élèves de 4e se verront délivrer, d’ici à fin mai, un « passeport d’éducation financière » après avoir suivi deux heures d’enseignement sur le sujet. Extension d’une expérimentation menée en 2019 dans trois collèges d’Île-de-France, cette opération aurait vocation à se généraliser sous les auspices de la « stratégie nationale d’éducation financière », lancée en 2016 par le ministère des Finances.

Problème : ce n’est pas le ministère de l’Éducation nationale qui pilote ces cours un peu particuliers, mais… la Banque de France. Et les enseignants appelés à les mener à bien utilisent pour cela un matériel pédagogique mis à disposition par une association, l’Institut pour l’éducation financière du public (IEFP), via son site, lafinancepourtous.com. Or l’IEFP, qui met en avant l’agrément que lui a délivré l’éducation nationale, est en réalité le nouveau nom (depuis 2006) d’une très vieille institution, l’Association nationale des porteurs français de valeurs mobilières, fondée en 1898. Traduisons : l’éducation nationale et la Banque de France s’en remettent à un lobby de boursicoteurs pour commencer l’éducation économique de nos enfants !

Une réalité que confirme la présence en force des banquiers au sein de l’IEFP, comme la Fédération des banques françaises ou l’Association française des sociétés financières. Nombre des intervenants que cet institut peut fournir aux établissements sont eux-mêmes des banquiers. On doit donc s’interroger sur les contenus délivrés, dans ces conditions, sur les sujets prévus : la construction d’un budget, le crédit ou les moyens de paiement quand, par exemple, État et banques ont pour objectif de faire disparaître la monnaie physique. Sollicité par le Monde, Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, utilise une formule imagée : « On ne demanderait pas à des employés de McDo de donner des cours de nutrition à l’école ! »

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