Entre autres causes de cette nouvelle saignée	: les déboires du programme de l’A400M, dont le surcoût se chiffre à près de 10 milliards d’euros. Christophe Gateau/DPA/AFP
Entre autres causes de cette nouvelle saignée : les déboires du programme de l’A400M, dont le surcoût se chiffre à près de 10 milliards d’euros. Christophe Gateau/DPA/AFP
Vendredi, 21 Février, 2020

Industrie. Airbus licencie à cause d’un avenir trop radieux

L’avionneur européen annonce la suppression de 2 300 postes en Europe, dont 404 en France, dans sa branche Defence & Space, victime d’un trou d’air, mais confiante sur ses perspectives.

D’un côté, Airbus affiche des commandes record en 2019 enregistrées par son programme de construction d’avions de ligne, de l’autre, le constructeur européen annonce une réduction massive de 5,6 % des effectifs dans sa branche Defence & Space (DS). Arguant d’une rentabilité en berne, la direction a ainsi dévoilé, ce mercredi lors d’un comité d’entreprise européen, un nouveau plan de restructuration. Au total, 2 300 postes devraient être supprimés en Europe, dont 404 en France – principalement sur le site de Toulouse –, 829 en Allemagne, 630 en Espagne et 357 au Royaume-Uni.

« La militarisation de l’espace tire le marché vers le haut »

Thierry Préfol, délégué syndical central (CFE-CGC, majoritaire) d’Airbus DS, évoque une double cause à cette nouvelle saignée. « On savait que les déboires du programme de l’A400M (avion de transport militaire – NDLR), dont le surcoût se chiffre à près de 10 milliards d’euros, allaient avoir des retombées sociales, singulièrement en Allemagne et en Espagne » où est produit l’avion, explique le syndicaliste. En parallèle, poursuit Thierry Préfol, « l’activité spatiale a enregistré un ralentissement en 2017-2018, ce qui crée mécaniquement un creux en 2019-2020 étant donné qu’un programme satellite court sur deux années ». En revanche, insiste le syndicaliste, rien ne justifie qu’Airbus DS réduise aujourd’hui ses effectifs « dans un contexte où le marché spatial se porte mieux et où il nous faut conserver toutes nos compétences clés ». Satellites d’observation ou de télécommunications, les commandes repartent en effet à la hausse. Idem pour les satellites institutionnels, qui ont le vent en poupe dans un contexte où l’Agence spatiale européenne (ESA) a augmenté ses budgets de 20 %. Enfin, avec la « militarisation de l’espace, voulue par Emmanuel Macron, qui plaide pour un développement de la défense spatiale », ce sont « autant d’éléments qui tirent le marché vers le haut », explique Thierry Préfol.

Pour les syndicats, ce scénario a un goût de Retour vers le futur

Guillaume Faury ne dément pas l’embellie du marché. C’est même pour cela que le président exécutif d’Airbus assume les suppressions de postes. « Nous prévoyons de nombreuses opportunités pour notre activité spatiale. C’est pour cela que nous voulons aborder cette période avec une base de coûts appropriée avec la situation du marché », expliquait-il cette semaine à la Tribune.

Pour les syndicats, ce scénario a un goût de Retour vers le futur. « La direction estime que l’activité Defence & Space n’est pas assez rentable. Elle décide de réduire les coûts à très court terme et rejoue, en réalité, le même scénario qu’en 2014 », alerte Thierry Préfol. À l’époque, Airbus Group prévoyait de liquider 10 % des effectifs en fusionnant ses activités spatiales (Astrium) et militaires (Cassidian) pour créer Airbus DS. « Ce plan aberrant avait finalement été interrompu et Airbus avait massivement réembauché », se souvient le syndicaliste. En somme, résume Michel Molesin, de la CGT, ​​​​​​​ « la direction a beaucoup de mal à nous convaincre de la justification de ces suppressions d’emplois. Les résultats 2019 du groupe sont extrêmement bons et les dividendes ont été augmentés de 9 % ! » La CGT, qui conteste le bien-fondé économique de ces annonces, alerte enfin sur les risques psychosociaux qui pèsent sur ceux qui restent. « On nous demande à nouveau de faire autant avec moins, conclut Michel Molesin. Les conséquences sont connues : intensification de la charge de travail, dégradation des conditions et risque de burn-out du fait de la désorganisation des équipes. »

Marion d’Allard
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