L’incendie du 26 septembre, à Rouen, a ravagé 20	000 m2 d’espace de stockage de produits chimiques. Lou Benoist/AFP
L’incendie du 26 septembre, à Rouen, a ravagé 20 000 m2 d’espace de stockage de produits chimiques. Lou Benoist/AFP

Industrie. Après Lubrizol, des actes « a minima »

Jeudi, 13 Février, 2020

La mission parlementaire mise sur pied à la suite de l’incendie de l’usine de Rouen doit rendre ses conclusions ce jeudi.

Les conclusions de la mission d’information parlementaire à la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen devaient être rendues en fin de matinée. Mais pour Hubert Wulfranc, il n’y a malheureusement pas grand-chose à en attendre. Vice-président de la mission, le député communiste pointe des préconisations « a minima, surtout techniques, certes pas inutiles, mais largement insuffisantes ».

Le 26 septembre dernier, un incendie ravageait une partie de l’usine chimique rouennaise et un entrepôt de stockage voisin, relançant le débat sur la sécurité des sites classés Seveso seuil haut. Quatre mois et demi après l’accident, les 153 pages du rapport final de la mission d’information parlementaire – nourries des 150 auditions menées avec les organisations syndicales, les élus locaux, les collectifs citoyens et un panel d’experts – détaillent 13 préconisations pour améliorer la lutte contre les risques industriels majeurs. Parmi elles, la création d’un bureau d’enquête accident spécifique, loin de la proposition portée par une partie des députés sur « la mise en place d’une véritable autorité indépendante de contrôle dédiée, un peu sur le modèle de l’Autorité de sûreté nucléaire », regrette l’élu communiste.

L’expertise des salariés oubliée des préconisations

Le rapport préconise en outre le renforcement des contrôles sur les 400 000 sites concernés. Il propose également de développer une « culture du risque » en intégrant, par exemple, un module au programme du service national universel, qui devrait être généralisé en 2024. Enfin, le rapport de la mission parlementaire préconise de renforcer les dispositifs d’alerte à la population en cas d’incident industriel, notamment en généralisant les envois de SMS aux habitants d’un périmètre prédéfini.

« Il est important de souligner les avancées contenues dans ce rapport, mais il l’est tout autant de noter ses manquements », explique Hubert Wulfranc. En l’occurrence, poursuit l’élu, « l’absence totale de la prise en compte de l’expertise des salariés dans tout le processus » d’identification des risques. « Il aurait été beaucoup plus efficace de remettre en place les CHSCT sur les sites Seveso, dont le travail peut s’avérer décisif en matière de prévention », souligne Hubert Wulfranc qui dénonce une refonte des instances représentatives du personnel « qui a abouti à une dégradation de l’approche des risques dans l’entreprise ». Au chapitre des interventions d’urgence en cas d’incendie ou d’accident, la mission n’a pas non plus retenu la proposition visant à obliger chaque site Seveso seuil haut à disposer, sur place, d’une unité de pompiers.

La ministre Élisabeth Borne s’essaie au contre-feu

En somme, résume Hubert Wulfranc, « nous avons là des conclusions a minima en matière d’expertise des salariés, de sécurité civile ou encore de dialogue avec les élus locaux. Ces préconisations ne sont pas à la hauteur des enjeux ».

De son côté, Élisabeth Borne, court-circuitant les travaux des députés, a dévoilé, mardi, un plan d’action gouvernemental censé tirer « les enseignements de la catastrophe Lubrizol », explique-t-elle dans les colonnes de Paris-­Normandie. La ministre de l’Environnement prévoit ainsi de modifier les réglementations pour obliger les entreprises à fournir la liste exhaustive des produits stockés, et pour étendre les contrôles aux entreprises voisines des sites sensibles. Enfin, les exercices d’extinction d’incendie, pour l’instant conseillés tous les trois ans pour les sites Seveso seuil haut, devraient devenir obligatoires tous les ans.

Marion d’Allard
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