Permanence du Planning familial des Bluets, à Paris. (Photo : Hamilton/Rea)
Permanence du Planning familial des Bluets, à Paris. (Photo : Hamilton/Rea)
Vendredi, 27 Mars, 2020

Inquiétude chez les associations : comment garantir l’accès à l’IVG pour les mineures en période de confinement  ?

Alors que les centres hospitaliers ferment leurs blocs opératoires et que les déplacements de la population sont restreints, les associations craignent que l’accès à l’avortement ne soit ralenti pendant l’épidémie. Ce qui pourrait conduire de nombreuses personnes à dépasser les délais prévus par la loi pour interrompre leur grossesse.

La crise sanitaire peut-elle nuire au droit à l’avortement ? C’est ce que redoutent les associations depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Certains établissements hospitaliers, par manque de matériel ou du fait de la priorité donnée aux patients atteints du coronavirus, ne sont déjà plus en mesure de pratiquer d’IVG. « Pourtant, on est encore au tout début de l’épidémie et du confinement », s’inquiète Sarah Durocher, coprésidente du Planning familial. « Depuis le début de l’épidémie, nous recevons beaucoup plus d’appels sur le numéro vert d’information (le 0800.08.11.11 - NDLR)​​​​​​​ , beaucoup de femmes s’inquiètent des possibilités d’avorter. »

La situation des mineures inquiète

Une partie de la population en particulier retient l’attention du Planning familial : les mineures. « On craint qu’elles ne puissent plus avoir accès à l’IVG dans l’anonymat : avec le confinement, elles doivent avoir une autorisation parentale pour sortir », rappelle la militante. Le confinement risquerait également de compliquer la tâche des mineures voulant faire appel à un autre adulte que leurs parents pour se lancer dans les procédures. « De manière générale, il va y avoir moins de bus, moins de transports en commun », ajoute Sarah Durocher. Un souci pour les plus jeunes femmes, mais aussi pour les femmes sans papiers, qui seront encore plus entravées dans leurs déplacements.

Des bâtons dans les roues qui pourraient conduire de nombreuses personnes à dépasser les délais prévus par la loi pour interrompre leur grossesse. Le site dédié du gouvernement indique pourtant qu’une fois la « décision prise, il est important d’engager les démarches très rapidement car les délais de prise en charge peuvent être longs ». Difficile, dans de telles circonstances. C’est en ce sens que la sénatrice socialiste de l’Oise, Laurence Rossignol, a déposé un amendement à la loi d’urgence sanitaire, permettant l’allongement du délai de pratique de l’IVG de deux semaines. Celui-ci serait passé de 12 semaines de grossesse à 14 semaines, soit 16 semaines après le début des dernières règles. L’amendement a toutefois été rejeté. « Il y aura de nombreuses femmes hors délais et des services perturbés. Le gouvernement lâche les femmes et les médecins », a déploré l’élue sur Twitter.

Une simplification des procédures est indispensable

« L’allongement du délai, c’est une proposition à laquelle nous adhérons complètement. Ça fait partie de notre plaidoyer depuis toujours », indique Sarah Durocher. « Il faudrait aussi permettre aux femmes de pouvoir avorter chez elles, sans hospitalisation, en confinement. C’est déjà le cas auprès de certains médecins, il faudrait pouvoir généraliser la pratique. » Pour les associations, le temps que dure la crise sanitaire, une simplification des procédures est également indispensable, notamment en supprimant l’obligation d’un deuxième rendez-vous médical préalable à l’IVG. Une pétition lancée par le collectif Avortement en Europe, demandant des mesures d’urgence pour garantir le droit à l’IVG à toutes les femmes le souhaitant pendant l’épidémie, comptait 2 200 signatures mardi dernier.

Face aux craintes des femmes et associations, le gouvernement a voulu rassurer. Le ministre de la Santé Olivier Véran et la secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa ont rappelé, lundi, que les IVG « sont considérées comme des interventions urgentes ». « C’est très bien qu’il y ait eu une prise de position, un engagement. Mais on attend de voir dans le temps comment les choses vont se passer », confie Sarah Durocher.

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