Le perchiste Renaud Lavillenie pendant les championnats de France à Saint-Etienne, le 28 juillet 2019 (AFP/Romain Lafabregue).
Le perchiste Renaud Lavillenie pendant les championnats de France à Saint-Etienne, le 28 juillet 2019 (AFP/Romain Lafabregue).
Mercredi, 25 Mars, 2020

JO reportés, vie confinée : comment les sportifs font pour garder le (haut) niveau

Ils sont chez eux mais tentent de ne surtout pas rester inactifs. Ces athlètes d’excellence, aujourd’hui confrontés à une situation inédite, s’adaptent tant bien que mal en attendant de reprendre l'entraînement puis les compétitions. Nous avons recueilli le témoignage de cinq d’entre eux.

Le Canadien Dick Pound, membre historique du Comité international olympique (CIO), avait estimé lundi qu’un report à 2021 des jeux Olympiques de Tokyo prévus était désormais la seule option possible, compte tenu de la pandémie de coronavirus. Le CIO ouvrait pour la première fois la voie à un report, se donnant quatre semaines pour prendre une décision définitive quant à la tenue ou non des Jeux cet été. Depuis ce mardi, c’est officiel, pas de jeux Olympiques en 2020. « Cette nouvelle est un crève-cœur pour nos nombreux amis au Japon qui avaient magnifiquement préparé ce qui sera des Jeux exceptionnels », a ainsi déclaré le président du Comité olympique britannique, Hugh Robertson, qui avait supervisé les JO 2012 de Londres alors qu’il était ministre des Sports, de 2010 à 2013. Mais un coup dur pour le sport en général. Football, rugby, basket-ball, nautisme, cyclisme… plus une seule compétition n’est actuellement épargnée, plus une seule discipline n’en voit le bout. Les reports ou même annulations ne cessent de se multiplier. Dans cette période de confinement, c’est donc un challenge pour les sportifs de haut niveau de tenter malgré tout de se préparer dans de bonnes conditions. Il faut non seulement conserver sa masse musculaire, garder le moral quels que soient l’avenir et l’évolution de la pandémie, mais aussi tenter d’imaginer de quoi sera fait l’avenir qui passe forcément par l’ultime but de chacun d’entre eux : la compétition. Pour tuer ce temps long, chacun y va donc de sa méthode. Ainsi le perchiste Renaud Lavillenie, l’un de nos témoins, n’hésite pas à poster sur Twitter des vidéos de ses entraînements réalisés avec les moyens du bord. Sa fille et sa femme sont mises à contribution pour effectuer des squats et des pompes. Chacun sa ­méthode pour ne pas déprimer face à la situation.

Renaud Lavillenie : « Difficile de se projeter sur l'avenir »

Championnats du monde en salle annulés, JO reportés d’un an, l’athlétisme mondial s’est arrêté net. En attendant de sortir de cette période «pas comme les autres», le perchiste, champion olympique à Londres en 2012, continue à s'entretenir. Sans trop se plaindre...

« Avant l’annonce du report des Jeux olympiques à Tokyo, il était déjà difficile de se projeter sur l’avenir. Ça l’est tout autant aujourd’hui. Déjà, au bout de trois jours, c’est dur, alors qu’est-ce que ce sera dans quelque temps ? Tout cela est loin d’être optimal. Est-ce que, dans un mois, nous serons revenus à une situation normale ? Est-ce dans plus longtemps ? Personne ne peut le dire. Avant, quand je pensais aux nageurs qui préparaient les Jeux, je me demandais comment ils allaient faire sans pouvoir s’entraîner en bassin. Et puis, reste de toute manière une question primordiale. Un athlète de haut niveau doit certes s’entraîner, mais aussi participer à des compétitions. C’est le seul moyen de savoir où l’on en est. Plus le confinement est allongé et plus il est difficile de se préparer. Sans certitude, comment faire en effet ? Il faut savoir que nous avons des périodes précises de montée en puissance qui ­correspondent à nos objectifs de la saison. Or, là, je ne fais que de l’entretien. Malgré tout, et pour revenir à cette période pas comme les autres, j’essaie de ne pas trop me plaindre. Moi, j’ai la chance de vivre en Auvergne, d’avoir une maison et un jardin. En plus, je me suis fait construire, il y a sept ans, un perchoir dans ce jardin. En attendant, j’essaie de maintenir une condition physique correcte. De toute manière, avant même le confinement, j’avais prévu de ne travailler que le physique en mars. Du coup, cela ne change pas grand-chose. Ma phase préparation technique ne devait arriver que plus tard. Donc je bosse avec mon préparateur. C’est un peu bizarre, car il habite à 500 mètres de chez moi et nous ne pouvons plus nous voir. On communique par les réseaux sociaux. Réseaux sociaux que je pratique avec d’autres athlètes qui préparaient comme moi les JO. Face au confinement, il y a deux camps. Ceux qui ont compris les consignes et d’autres qui n’ont pas l’air de saisir la situation par rapport aux normes sanitaires à respecter. Maintenant, tout cela est loin derrière nous puisque les Jeux n’auront pas lieu cette année. »

Michaël Guigou : « Une période étrange »

La Lidl Starligue et toutes les compétitions européennes de handball ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre, ce qui n’empêche pas le handballeur, ailier gauche de l’Unsam Nîmes-Gard, de s’entraîner à domicile... y compris en s'amusant avec sa fille.

« Le club nous a concocté un programme pour rester en forme, mais on fait un sport de contact et s’entretenir seul chez soi, ça n’a rien à voir. Je fais des enchaînements d’abdos, de pompes, du travail d’échelle pour les appuis, mes jambes… Je n’ai aucun matériel de musculation, alors je viens de commander un Assault bike, car on ne sait pas combien de temps ce confinement va durer. C’est une sorte de vélo elliptique qui fait travailler autant les jambes que les bras. Je respecte le confinement strict, je sors juste pour faire des courses au magasin, qui se trouve à cinquante mètres de chez moi. C’est compliqué donc de travailler le cardio. Pour ça, je m’amuse avec ma fille, on fait du trampoline, du ping-pong, de la trottinette dans le jardin… Elle a beaucoup d’énergie, ça me permet de me dépenser ! Ma femme télétravaille, donc je m’occupe d’elle tous les jours et je veille à ce qu’elle fasse ses devoirs. Elle est en CP, elle apprend à lire et compter, c’est important comme année pour elle. Les médecins de la Ligue nationale de handball nous ont envoyé une lettre pour qu’on ne dépasse pas 80 % de nos capacités physiques afin qu’on puisse se battre efficacement contre la maladie au cas où on la contracterait… Régis Bardera, notre préparateur mental au club, nous appelle régulièrement pour prendre des nouvelles. Il y a de jeunes joueurs qui vivent seuls et sont enfermés chez eux depuis 8 jours, c’est très différent d’une vie de sportif de haut niveau, surtout pour un sport collectif. Depuis le début du confinement, j’ai perdu 3 kg, je mange moins. C’est une bonne chose car j’avais pris un peu de poids à Noël. Le club nous a placés en chômage partiel. C’est une période étrange. Hormis les blessures, je n’ai jamais été arrêté comme ça. C’est dommage car on faisait un beau parcours en championnat et nous n’étions pas loin de nous qualifier en quart de finale de coupe d’Europe. Une fois qu’on connaîtra la durée exacte du confinement, ça ­permettra de mieux se préparer physiquement, de se motiver et de se fixer des objectifs en termes de dates. Mais les médecins devront se positionner pour la reprise du championnat, car en handball, qui est un sport de contact, on ne peut pas respecter les gestes barrières. »

Clarisse Crémer : « Se mettre dans le rythme de cette nouvelle vie »

Pour la navigatrice, skippeuse du monocoque Banque Populaire X, continuer à faire du sport, être soutenue par des coachs... cela reste une priorité pour reprendre la mer dès que possible.

« Je suis des cours avec une coach sportive via Skype. Je reçois aussi des vidéos de cessions d’entraînements. Les exercices sont appropriés à mon physique et à mes objectifs. Les monocoques 60 pieds Imoca sont des bateaux très physiques, on est amené à faire des manœuvres très dures subitement à bord alors que l’on fait la sieste, que le corps est froid. On peut se blesser aux épaules, au dos. J’essaye donc de me prémunir. Je dois être capable par exemple de sortir une voile de 60 kilos depuis l’intérieur du bateau… Ces monocoques vont vite, en mer, on vit dans un monde instable et l’équilibre est sollicité en permanence, les chocs peuvent être violents. Il faut une masse musculaire adaptée. Chez moi, je fais du développé-couché avec des haltères, des fentes, des squats… J’ai des haltères pour pratiquer certains exercices et parfois je fais avec les moyens du bord. Comme je n’ai pas de banc de musculation, je le remplace par une caisse en bois. Je m’astreins à une séance d’une heure par jour de musculation, six jours sur sept. Avant, j’allais trois fois par semaine dans une salle de musculation, donc ça change… Pour faire travailler mon cœur et l’endurance, j’ai un rameur et je fais des petits footings avec mon chien à proximité de chez moi, dans la rade de Lorient. L’idée, c’est de continuer à faire du sport, ne pas perdre la masse musculaire que j’ai prise ces derniers mois. S’arrêter quatre semaines ou plus ne serait pas bon. Je ne veux pas devoir récupérer cette perte physique en mai au lieu d’aller naviguer, ce qui sera ma priorité. Je suis des séances de yoga collectives en ligne. Il m’a fallu un peu de temps pour me mettre dans le rythme de cette nouvelle vie. Je mets à profit ce temps pour me perfectionner en météo. Je fais des exercices à distance avec le routeur Christian Dumard en prévision du Vendée Globe. The Transat, qui doit partir le 10 mai de Brest à destination de Charleston aux États-Unis, est maintenue avec une course retour (la New York-Vendée) mi-juin. J’espère qu’elles ne seront pas annulées car ces deux transats en solitaire doivent me servir pour préparer au mieux le Vendée Globe qui s’élance début novembre. »

Clément Chevrier : « J'ai déjà été confiné en janvier à Abu Dhabi »

Plus une seule classique, pas de Giro et le Tour de France serait concerné... Le cycliste professionnel chez AG2R La Mondiale tâche de prendre tout cela avec philosophie, sans pour autant cacher ses inquiétudes.

« Comme tout le monde, je suis confiné. Je vis avec ma compagne dans un appartement à Chambéry. Elle télétravaille et j’essaie de m’entraîner du mieux possible. Nous sommes en permanence en contact avec nos entraîneurs afin d’établir un programme cohérent. Pour l’instant, ça va car, à la différence de certains dans l’équipe, j’ai débuté ma saison début janvier, j’ai donc des jours de course dans les jambes. D’ailleurs, j’ai même eu le droit au premier confinement à Abu Dhabi, lors de l’UAE Tour. C’était assez surréaliste d’être enfermé dans un hôtel. Mais bon, nous ne sommes pas restés aussi longtemps que les gars de Groupama FDJ ou Cofidis. Évidemment, mon programme est pour l’instant en stand-by. Je devais participer au Tour de Catalogne, au Tour du Pays basque et ensuite aux classiques ardennaises (Flèche wallonne et Liège-Bastogne-Liège). Enfin, il y avait le Giro, mais tout cela est compromis aujourd’hui. Cela va être difficile de garder la condition si tout cela dure trop longtemps. De fait, j’essaie de me dire que c’est une coupure hivernale comme nous en avons chaque année. Je fais un peu de footing autour de mon immeuble (tant que c’est possible), du renforcement musculaire… Sinon, il y a le home-trainer connecté. Cela me permet de rouler entre 45 minutes et une 1 h 30 par jour. C’est assez ludique car, sur l’écran, on peut participer avec d’autres gars du peloton international à des courses connues ou inventées. Il y a, par exemple, la possibilité de se retrouver sur le parcours des championnats du monde en 2018, qui avaient lieu à Innsbruck en Autriche. Il y a une belle bosse à franchir dans le final. Il y a aussi la montée de l’Alpe-d’Huez. C’est sympa, mais bon, reste tout de même que cette période peut être compliquée pour certains. Notamment ceux qui sont en fin de contrat comme moi. Si je ne montre pas ma valeur sur la route, comment convaincre mes employeurs de me garder ? »

Camille Lopez : « Il faut limiter la casse, la perte musculaire »

Tournoi des Six-Nations tronqué, Top 14, pro D2, championnats amateurs arrêtés, le rugby est au point mort. Le demi d’ouverture de l’ASM Clermont-Auvergne s’adapte, se prépare à la reprise et en profite pour se régénérer.

« C’est un rythme nouveau auquel il faut s’adapter. Il faut continuer à s’entretenir physiquement, même si on ne sait pas quand on reprendra la compétition. Bien sûr, la priorité n’est pas à la performance physique, il faut limiter la casse, la perte musculaire. Le club nous a donné un programme quotidien à suivre de près. Il est composé de footing pour le cardio avec également d’exercices de courses courtes rapides. Il y a aussi une partie musculation. J’ai de la chance d’avoir un peu de matériel à la maison pour pouvoir travailler quotidiennement au moins une fois 45 minutes. Je fais du gainage musculaire, du renforcement, je travaille les abdos… Les étirements sont particulièrement importants aussi pour conserver de la souplesse. J’ai gardé un contact avec mon ancien préparateur physique de Bordeaux, qui a ramené de Nouvelle-Zélande le concept de musculation F45. Je regarde ses vidéos. Personnellement, je ne ressens pas encore les effets du confinement, c’est un peu comme si j’avais pris une semaine de vacances, mais si ça continue, je pense que je vais commencer à trouver le temps long… En termes de nutrition, je veille à avoir une alimentation équilibrée, pas d’excès. Quand la compétition reprendra, je ne veux pas avoir à traîner des kilos en trop. Si jamais on doit rester confinés 45 jours, je pense que 3 semaines d’entraînement et de préparation physique seront nécessaires avant de reprendre le championnat afin d’éviter d’éventuelles blessures. On perd le rythme, les repères, évidemment rien ne remplace les entraînements quotidiens en club. J’essaie de prendre cette période avec philosophie, ça ne m’est jamais arrivé depuis que je suis professionnel de pouvoir m’arrêter autant en pleine saison, hormis pour des blessures. En fait, ça permet aussi au corps et au mental à la fois de couper un peu et de se régénérer. »

Covid-19, confinement : le point sur la situation en direct sur l'Humanité.fr

 

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