Mercredi, 25 Mars, 2020

La chronique économique de Pierre Ivorra. Pas de vaccin contre la crise

Le peuple doit enfin avoir le pouvoir sur l'argent, décider de ses critères d'affectation.

La crise économique et financière qui se dessine ne sera pas jugulée par une ­ordonnance médicale ou un vaccin. Elle n’est pas la crise du coronavirus, mais celle du système capitaliste mondialisé et financiarisé.

L’épidémie est en quelque sorte l’allumette qui fait exploser les barils de poudre accumulés par une croissance spéculative d’une énorme masse de capitaux à la recherche, à travers le monde, de la plus forte rentabilité. Comment opposer de l’humanité, de la vraie solidarité à la violence de la récession qui s’annonce, des licenciements qui se préparent, au gâchis de ressources et de compétences qui nous menace ? Comment repousser les appels à l’union sacrée autour du capital que l’on entend déjà ? Contre la démolition opérée par l’internationale libérale, cela nécessite de revitaliser partout les services et des dispositifs publics, en premier lieu ceux dédiés à la santé, aux personnes âgées, aux familles modestes, à la formation, à l’éducation, à la culture… Au diable les oukases de Maastricht, la prétendue « rigueur » allemande imposée à l’Europe ! À la lanterne, la xénophobie et les différents diktats trumpesques ! Mobilisation du système bancaire national, européen et mondial en mettant à contribution la Banque centrale européenne, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Mesure-t-on les dégâts économiques, sociaux, humains que cette crise va provoquer sur le continent africain et dans certains pays d’Asie ? Agir pour préserver le monde du travail, les salariés, mais aussi les agriculteurs, artisans, petits entrepreneurs, leurs emplois, leur pouvoir d’achat, leurs conditions de travail, protéger l’activité des PME-TPE, mettre à contribution les trésoreries et les moyens des grands groupes…

Dans son discours télévisé de la semaine dernière, Emmanuel Macron laisse entendre qu’il est prêt à donner un gros coup de canif au pacte de stabilité budgétaire, mais cela ne suffit pas.

Il faut aller au-delà, ajuster les conditions du crédit et des aides publiques, les rendre « intelligentes ». On doit enfin pénaliser les activités spéculatives, les OPA, OPE, les opérations financières, les exportations de capitaux et, à l’inverse, pratiquer des taux négatifs pour les crédits visant à préserver et développer l’emploi, la formation. Pour mener à bien des mesures aussi vitales, le peuple doit enfin avoir le pouvoir sur l’argent, décider de ses critères d’affectation. Cela suppose, dans un pays comme la France, d’élargir les marges de décision des salariés, avec leurs comités d’entreprise, de donner de nouveaux droits d’intervention aux assemblées élues.

pierre ivorra
×