Vendredi, 7 Février, 2020

Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin Massacre(s)

La République, malmenée par la perversion des usages gouvernementaux.

Honte.  Preuve est faite que les gouvernements de la Ve République peuvent toujours tomber plus bas – ce qui ne présage rien de bon en vérité, puisque, en effet, quand les malins dominent, les fidèles en éthique subissent. Le bloc-noteur s’interroge d’autant plus humblement que la cruelle question creuse les visages et mange les âmes : devons-nous continuer de croire encore possible notre présence au forum d’hommes et de femmes épris de justice, de sens de l’honneur et de dignité, capables de rester fidèles à leur intégrité, à leur conscience, à leur histoire, bref, à ce qui compose notre raison d’être ? Chimérique, ce rêve ? Autant le dire en toute sincérité, la Macronie nous désole, nous révolte et, pour peu que nous analysions froidement la situation, elle nous répugne par son inadaptation à diriger notre République. Oui, nous avons honte de ce personnel politique qui enfonce l’idée même de l’État comme garante de nos règles communes, et qui s’assoit ouvertement sur des principes de « gestion » que nous pensions primordiaux. Certains parlent d’« amateurisme ». Mais ce qui s’avère pernicieux, dans cette histoire « En marche » qui s’embourbe dans les bourdes, est autrement plus grave. L’absence de « sens de l’État » ne relève plus seulement de l’« amateurisme » mais bel et bien d’une volonté inconsciente. Vous connaissez la formule : « La forme, c’est du fond qui remonte à la surface. » L’infâme personnel qui sévit autour de Mac Macron, du gouvernement au Palais, en passant par tous les relais technocratiques, ne pèse finalement pas plus lourd que ce qu’il nous montre quotidiennement. À savoir une médiocrité crasse, au service d’intérêts qui tuent la haute ambition que nous nous faisons de la grandeur de la France. Regardez la séquence qui vient de s’écouler sous nos yeux ahuris ! Circulaire Castaner et projet de loi retraites taillés en pièces par le Conseil d’État ; extension du congé de deuil refusée ; liberté de blasphémer chahutée, etc. Mais que se passe-t-il dans ce pays ?

Échec.  Nous pourrions rire de ces couacs en stock et affirmer, avec le député communiste Sébastien Jumel : « On connaissait les Playmobil (qui lèvent les bras automatiquement pour voter – NDLR). On connaît maintenant les Playmobil sans cœur. » Ajoutons : sans cerveau. À cette étape, affirmons que ce pouvoir n’est pas uniquement coupé des réalités – nous le savions déjà –, mais qu’il s’est carrément sectionné de ses devoirs régaliens les plus élémentaires. Car tout de même ! Imaginait-on possible, il y a quelques jours encore, qu’une garde des Sceaux en exercice puisse déclarer qu’ « insulter les religions, c’est porter atteinte à la liberté de conscience » ? Devant semblable ineptie, le problème devient pathologiquement politique. Comment cette ministre de haut rang se montre-t-elle explicitement favorable à l’accusation de blasphème, ce qui constitue une entrave grave à la laïcité et à nos lois fondamentales ? Madame Belloubet, pour la nommer, fut professeur en droit public et siégea au Conseil constitutionnel. Doit-on dès lors parler de « maladresse » ? De « faute » ? Dans les deux cas, cette femme aurait été démissionnée en quelques minutes dans n’importe quels gouvernements sous la présidence de François Mitterrand… et sans doute même de Jacques Chirac. Tout cela n’a l’air de rien, mais, en cumulé, les pratiques du pouvoir tournent au jeu de massacre démocratique. Quand notre République est à ce point malmenée par la perversion des usages gouvernementaux, nous sommes en droit de déclarer que le régime a basculé dans l’inconnu, l’arbitraire et l’autoritarisme. La genèse de cette dérive tient en quelques mots. Au nom du « changement », des aventuriers ont pris le pouvoir. Rien à voir avec de « simples citoyens » de la « société civile », comme Mac Macron a voulu nous le vendre. C’est son « milieu », et lui seul, qui est aux commandes. Celui des favorisés et des hauts dirigeants d’entreprises. Ces gens-là n’ont aucune conscience. Ni de qui ils sont, ni de l’échec moral dans lequel ils plongent la France.

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