Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin Péril(s)

Vendredi, 14 Février, 2020

Mac Macron balise-t-il la voie à Fifille-là-Voilà?

Dyspeptique.  L’attaque – pour le moins brutale – nous vient d’un éditorial du Financial Times, l’imposant journal économique et financier britannique que nous aurions grand peine à classer parmi les publications gauchistes de notre Vieux Continent. La cible de cette longue diatribe n’est autre que Mac Macron en personne, que ledit quotidien encensa lors de son élection – et longtemps après d’ailleurs, puisque nous avions pu y lire un éloge éloquent du « grand débat » lors du mouvement des gilets jaunes. Cette fois, changement de ton : « Ses manières impériales et son manque d’intelligence émotionnelle le rendent vulnérable », peut-on lire. Pour le Financial Times, la France serait « devenue très peu joyeuse » et cette « humeur » néfaste se révélerait « particulièrement dyspeptique ». En cause, « le mépris de la France métropolitaine à l’égard des provinces », incarné par Mac Macron, ce qui expliquerait la persistance de « profondes rancunes », d’autant que « les syndicats, les enseignants, les infirmiers, les avocats occupent désormais l’espace » dans la bataille contre la réforme des retraites. L’éditorialiste, qui assure lui aussi que Mac Macron donne « le sentiment qu’il vit sur une autre planète », poursuit en ces termes : « Ses chances se réduisent. Les concessions ont certes fini par désamorcer l’opposition qui compte quelques syndicalistes modérés, cependant, si Macron peut gagner, ce sera à quel prix » ?

Triangulation.  Nous y voilà. Comme le bloc-noteur il y a quelques semaines en arrière, le Financial Times met en garde : « Il a balisé la voie de l’Élysée à Le Pen. » Nous aurions tort de prendre cette hypothèse à la légère, dans un contexte d’exaspération si impressionnant que le pire n’est pas inenvisageable, malgré la destruction méthodique de notre contrat social. « Il a dévasté les partis traditionnels de gauche et de droite en 2017 en plaçant la présidentielle dans le cadre d’une compétition entre progressistes, pro-européens et nationalistes réactionnaires. L’extrême droite pourrait, quant à elle, redessiner les lignes comme étant celles d’une confrontation entre le mondialisme et le nationalisme. C’est un combat qu’elle pense pouvoir gagner. » Et lisons bien ceci : « Elle continue de pêcher davantage d’électeurs de gauche, suivant à peu près le même modèle que celui de Boris Johnson en Grande-Bretagne. » Nous avons le droit de ne pas être d’accord – dieu merci ! – avec cette mise en garde à l’emporte-pièce, néanmoins, depuis l’odieux débat sur l’immigration et des décisions qui ont accrédité les politiques migratoires souhaitées par la droite extrême, ne perdons pas de vue que la stratégie mortifère de Mac Macron se résume en quelques mots : en vue de 2022, il a en effet définitivement choisi son assurance-vie, Fifille-la-voilà. Le pense-t-il du moins. Car cette volonté de rester en tête-à-tête avec les nationalistes, à l’image des dernières européennes, ressemble à un piège tendu à toute la société pouvant mettre en péril la démocratie, sinon la République elle-même. Une sorte de marchepied au Rassemblement national et aux réactions identitaires – dont on ne parle plus beaucoup, ces temps-ci, à la faveur des contestations. Rendez-vous compte : Mac Macron, qui se permet d’invoquer Maurras devant les députés LaREM, continue de se présenter comme l’ultime fortification contre l’extrême droite, mais, à la vérité, il en est le pont-levis. Sa triangulation idéologique, se placer « au-dessus et entre » la droite et la gauche de l’échiquier, se retourne contre lui. Car l’ultradroitisation économique et policière est à l’œuvre. Au point de donner raison à ceux qui osent dire que nous sommes saturés par le duo «Marine Macron et Emmanuel Le Pen ». Souvenons-nous. Les grandes grèves de 1995 avaient enclenché un cycle politique plutôt vertueux (schématisons). À la gauche de se saisir du mouvement social actuel, en s’assignant une tâche absolument historique. Elle est désormais au pied du mur. Le temps presse. Les colères transformées en peurs nourrissent souvent l’effroi ; les jacqueries qui mutent en espoir débouchent toujours sur un processus révolutionnaire.

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