Partout en France, de nombreux indépendants et TPE se sentent abandonnés. (Photo : Patrick Hertzog/AFP)
Partout en France, de nombreux indépendants et TPE se sentent abandonnés. (Photo : Patrick Hertzog/AFP)
Mercredi, 25 Mars, 2020

Les travailleurs indépendants craignent de se retrouver livrés à eux-mêmes

Alors que leur activité est frappée de plein fouet, les indépendants déplorent l’insuffisance des mesures prises par le gouvernement, qui laissent sur le carreau les plus fragiles d’entre eux.

« J’ai perdu tout ce que j’aurais dû toucher, entre les contrats annulés et les événements auxquels je ne pourrai pas participer. En mars, 4 000 euros ont dû s’évaporer comme ça. Ce sera 2 500 euros supplémentaires pour chaque mois. » Plusieurs semaines après le début de l’épidémie en France, Emma Birski, photographe indépendante, accuse le coup. Avec la plupart de ses contrats auprès de labels de musique ou de marques annulés ou reportés, c’est la majorité de son activité qui s’est envolée. « J’essaye d’organiser la prévente de tirages pour sauver un peu les choses ; je ne sais pas si ça va suffire. Depuis décembre déjà, je pioche dans mes économies, elles sont en train de fondre. » Pour l’artiste, l’épidémie est une double peine : non seulement ses recettes ont fondu, mais elle ne pourra pas bénéficier du fonds de solidarité annoncé par l’État. Pour être concerné, il faut en effet percevoir moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires annuel et démontrer une perte d’au moins 70 % en mars 2020 par rapport à mars 2019. En activité depuis moins d’un an, la photographe n’entre pas dans cette catégorie.

« Il y a plus de 2 millions d’entreprises de moins de 10 salariés en France. Selon nos calculs et les annonces faites il y a une semaine par le ministre de l’Économie, la mesure ne devrait couvrir que 600 000 entreprises. Beaucoup vont rester en dehors du dispositif. Si on a seulement 60 % de pertes ou si on vient de se lancer, on en est exclu », déplore Marc Sanchez, secrétaire national du Syndicat des indépendants et des TPE (SDI). Celui-ci réclame un élargissement massif de la mesure, qui laisse pour compte les travailleurs les plus fragiles.

L’État doit mettre les assureurs au pas

Restauratrice depuis sept ans à Nantes et avec un chiffre d’affaires d’environ 300 000 euros, Caroline Deguet pourra bénéficier du fonds de solidarité. Si elle applaudit la mise en place de cette aide, le montant de l’indemnisation reste trop dérisoire pour amortir complètement la fermeture de son restaurant. « C’est une bonne mesure, mais le montant est ridicule : 1 500 euros, ce n’est même pas mon loyer. » Dans le lot des annonces faites aux indépendants par Bercy, par ailleurs, une mesure manque pour la propriétaire du restaurant : la mise au pas des compagnies d’assurances. « Pour les assureurs, la pandémie ne fait pas partie des catastrophes naturelles. Je pensais être couverte pour mes pertes d’exploitation, mais je n’ai le droit à rien. Ce n’est pas normal, l’État devrait intervenir auprès des assurances. »

Concernant le report du paiement des charges sociales et fiscales annoncé par le gouvernement, il n’y a pas non plus de quoi se réjouir, considère la photographe Emma Birski. « Je trouve que c’est inutile, je vais quand même devoir payer plus tard une somme que je n’ai pas touchée », explique-t-elle. Si Caroline Deguet est moins sévère envers le report, qui lui permettra de dégager un peu de trésorerie pour payer son loyer et avancer le chômage partiel de ses trois salariés, remboursé a posteriori par le gouvernement, l’État n’a pas pris la mesure de la situation pour les indépendants les plus fragiles. « Je connais quelqu’un qui a débuté son activité il y a un mois. Même avec ces mesures, ça va être une catastrophe pour lui », craint-elle. Un point sur lequel le SDI a voulu appuyer : « Ce que nous avons demandé, c’est le dégrèvement des charges pour les indépendants pour les mois concernés par l’épidémie, et pas simplement le moratoire. »

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