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Mercredi, 25 Mars, 2020

L’urgence face au coronavirus. Quelles mesures sociales ? (2)

les tribunes d'Eddie Jacquemart Président de la Confédération nationale du logement (CNL) et Henriette Steinberg Secrétaire générale du Secours populaire français (SPF)

. Un moratoire des loyers


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Eddie Jacquemart Président de la Confédération nationale du logement (CNL)

Face à la crise sanitaire, le gouvernement doit veiller à n’oublier personne dans les différentes mesures qu’il est amené à prendre. Plus que jamais, des gestes politiques et sociaux forts sont attendus.

Plusieurs mesures d’urgence doivent être prises afin d’assurer la sécurité des locataires les plus fragiles. Les familles menacées d’expulsion sont les premières concernées. En ce sens, le gouvernement a pris la décision de prolonger la trêve hivernale au 31 mai 2020. Un premier pas dans la bonne direction, certes, mais qui n’est pas pour autant à la hauteur des enjeux actuels. Dans ce contexte, offrir un court répit aux foyers n’est pas suffisant : pour porter réellement ses fruits, cette mesure doit être transformée en trêve annuelle afin de donner le temps aux acteurs sociaux de régler ces situations, en lien avec les bailleurs.

Face aux difficultés économiques qui attendent de nombreuses familles, le gouvernement doit mettre en place au plus vite un moratoire des loyers permettant à tous les locataires, du parc social comme du parc privé, de suspendre le versement de leur loyer jusqu’à ce que cette crise soit derrière nous. Alors que de nombreux salariés et commerçants verront leurs revenus diminuer, comment imaginer qu’ils seront en capacité de continuer à payer la totalité de leur loyer ? Pour permettre aux organismes de logement social d’appliquer ce moratoire des loyers, la mesure de réduction de loyer de solidarité (RLS) qui ponctionne la trésorerie des bailleurs sociaux doit être abrogée.

Dans un second temps, et pour tenter d’atténuer au minimum les conséquences de la crise sanitaire actuelle, le gouvernement doit aller plus loin pour les habitants pour éviter la crise économique ! La CNL entend et comprend les difficultés des petits propriétaires ayant besoin des loyers pour continuer à rembourser leur emprunt, mais, en tant que 6e puissance économique mondiale, nous devons faire mieux que de se renvoyer la balle entre propriétaires et locataires : le gouvernement doit prendre ses responsabilités et mettre en place un fonds national d’indemnisation pour compenser les pertes des locataires et des accédants.

Enfin, l’application de la contemporanéité des aides personnelles au logement ne pouvait se faire sans déstabiliser davantage les allocataires, c’est pourquoi nous saluons son report, tout en déplorant l’absence de nouvelle date de mise en œuvre et en estimant donc qu’il sera préférable de supprimer définitivement la réforme. Dans cette période d’incertitude, l’État doit envoyer un message fort à l’ensemble des habitants de ce pays en ne laissant personne de côté.

. Six priorités


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Henriette Steinberg Secrétaire générale du Secours populaire français (SPF)

Priorité 1 : aucun enfant, aucun homme, aucune femme à la rue d’où qu’il vienne, accueil inconditionnel dans des conditions dignes et qui les respecte. Un accompagnement social sérieux conduit par des professionnels compétents et amicaux, qu’ils soient bénévoles ou salariés, avec un objectif : qu’aucun ne retourne à la rue, que sa santé soit préservée ou rétablie.

Priorité 2 : soutenir financièrement les associations de terrain, leur donner tous moyens utiles pour continuer d’agir auprès des personnes qui en ont besoin, sans les enrégimenter, ni les museler par des obligations, dont des plateformes numériques ministérielles. Les écouter, tenir compte de leurs compétences, de leurs connaissances, comme de la confiance que les personnes vulnérables ou fragilisées leur portent, sans en prendre ombrage. Le SPF répond aux besoins des personnes, dont celles qui sont envoyées par les services sociaux fermés au public. Ses animateurs, les médecins du SPF vont au-devant de ceux qui sont seuls, apportent réconfort, soutien matériel et précieux conseils de santé. Tous ont besoin des matériels de protection.

Priorité 3 : soins pour tous par des professionnels qualifiés, disposant des moyens techniques et financiers nécessaires pour soigner, sans s’épuiser ni s’auto-exploiter pour sauver leur prochain.

Priorité 4 : aucune famille sans les moyens financiers nécessaires pour subvenir dignement à ses besoins. Ne pas laisser celles qui sont autour du Smic sombrer, ne pas se limiter à celles qui sont déjà autour du seuil de pauvreté. Faire en sorte que l’argent atteigne les familles à l’instar de la prime de rentrée des classes. Pour nombre de familles monoparentales, plus de cantine signifie suppression du seul repas correct de la journée. S’y ajoutent les risques de décrochage scolaire sans matériel informatique ou l’impossibilité d’obtenir les codes d’accès sans accès Internet. Le SPF suggère la mise à disposition d’équipements pour les enfants ou des salles dédiées avec les mesures de protection sanitaire et l’encadrement humain adéquat. Penser les êtres humains dans leur globalité et pas seulement en termes de seuil. Leur donner la parole et les moyens d’agir par eux-mêmes, se refuser à l’assistance, favoriser ce qui permet de prendre en main sa vie et la vie des siens.

Priorité 5 : ouvrir la porte à l’espoir de ne pas souffrir de la faim, de l’angoisse du lendemain en décidant qu’en France comme en Europe, tous décident d’y parvenir par la mobilisation de tous sans guerre, fût-elle économique.

Priorité 6 : interdire toute expulsion pour des raisons financières.

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