Jeudi, 26 Mars, 2020

L’urgence face au coronavirus Quels moyens scientifiques ?

La tribune de Josiane Tack Secrétaire générale du SNTRS-CGT (Recherche publique) et un texte collectif

 L’effort commun

Josiane Tack Secrétaire générale du SNTRS-CGT (Recherche publique)

Depuis l’émergence de la famille de coronavirus tels que le Sras ou le Mers, des recherches ont été lancées pour mettre au point traitements et vaccins. L’épidémie passée, les retours sur investissement ont été jugés insuffisants. Les projets ont été mis en veille faute de renouvellement de financements. Résultat, des stratégies prometteuses de recherche mises de côté alors qu’elles auraient pu aider à combattre le Covid-19. L’industrie pharmaceutique et les pays riches ont peu investi dans le domaine des pathologies induites par ce type d’agents pathogènes car il ne constituait pas un marché rentable qui touche d’abord les populations pauvres des pays en voie de développement.

Pour affronter les risques sanitaires, des moyens financiers et humains importants seront nécessaires. Les services publics devront être renforcés, notamment l’hôpital, le système de santé et de protection sociale, et notre système d’enseignement supérieur et de recherche. Les annonces du président Macron, le 19 mars, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il profite de la crise pour annoncer une Loi de programmation contestée dans la communauté scientifique. Aucun poste de titulaire n’est annoncé, alors que l’enseignement supérieur et la recherche ont perdu 9 000 postes depuis 2005. Au contraire, de nouvelles formes de contrats précaires sont prévues. Les 5 milliards d’euros sur dix ans sont insuffisants par rapport aux enjeux actuels. L’essentiel de ces sommes ira vers les appels à projet, en lieu et place de crédits de fonctionnement de base pour les laboratoires.

Dès le début de l’épidémie, les travailleurs scientifiques se sont mobilisés pour faire avancer la compréhension des mécanismes d’action du Covid-19, développer un vaccin et des médicaments, et proposer des stratégies pour endiguer la maladie. Toutes les disciplines doivent être soutenues : la recherche fondamentale, l’épidémiologie et la santé publique, les sciences humaines et sociales, les sciences économiques, afin de mesurer, au-delà des paramètres de la maladie elle-même, l’impact de périodes de confinement sur la santé physique et psychologique des populations fragiles. L’engagement des travailleurs de l’hôpital, des universités et des organismes de recherche est possible parce que nous avons un statut qui nous engage, dans la durée, dans nos missions de service public. De nombreux travailleurs de la recherche se portent volontaires pour soutenir nos collègues de l’hôpital et nos organismes de recherche travaillent sur les moyens humains et matériels que nos laboratoires peuvent apporter à l’effort commun. Nous sommes dans le temps de l’action pour lutter contre la propagation du virus et réduire ses effets néfastes sur la population, ensuite viendra le temps pour tirer les leçons sur la façon dont les gouvernements ont géré la recherche et l’hôpital. Nous n’accepterons pas que cette crise sanitaire serve de prétexte à la réduction de nos droits. En touchant toutes les populations par-delà les frontières qui séparent les peuples, cette pandémie rappelle la nécessité de développer des réflexes de solidarité et de coopération à l’échelle de la planète qui s’opposent à la logique de guerres commerciales et militaires et au repli sur soi nationaliste.

Développons les tests !

Texte collectif

Qui transmet le Covid-19 ? Les porteurs malades, symptomatiques, et les porteurs sains. Combien sont-ils ? Question malheureusement sans réponse ! Si nous le savions, seuls les porteurs pourraient être mis en confinement. Notre ignorance fait que, par mesure de prudence, toute la population est confinée avec des répercussions économiques et psychologiques énormes.

Pouvons-nous limiter l’impact du confinement, juguler l’épidémie à l’échelle mondiale ? L’Organisation mondiale de la santé, avec d’autres organisations et scientifiques dans le monde, appelle les gouvernements à tester pour enrayer la propagation du virus. Prenons exemple sur la Corée du Sud. Alors que le nombre de cas commençaient à exploser, ce pays a réagi en mettant en place un dépistage massif et simple des porteurs. Ces derniers ont été identifiés, mis en quarantaine. Il n’y a pas eu besoin de confinement généralisé. Que faire alors ? Un dépistage massif nécessite une coopération totale, comme en temps de guerre, des laboratoires publics, privés avec les industriels qui fournissent les kits de dépistage. Et une robuste logistique. Pour les tests, nous sommes conscients qu’il y a des difficultés d’approvisionnement dans le monde, mais unis dans un effort national, européen et mondial, nous nous devons de fabriquer très rapidement la centaine de millions de réactifs biologiques pour que toute la population française, européenne et mondiale, puisse être testée. Il faudra aussi développer une infrastructure qui permette d’administrer les tests. Là encore, la France a tellement de ressources. Laboratoires d’analyses médicales, expérience logistique de l’armée, des entreprises… tout cela a un coût, certes. Certainement dérisoire, si on le compare à l’enjeu sanitaire et économique actuel. Oui, montrons que, dans ces circonstances hors du commun, nous sommes capables de travailler ensemble, public et privé, pour un objectif commun : bloquer la pandémie. Le confinement pourra alors se réduire à ceux qui sont porteurs. Nous ne pouvons pas attendre l’arrivée des premiers vaccins.

Signataires : Nathalie Bontoux, docteure en sciences, Marie-Claude Potier, pharmacienne, docteure en sciences et membre correspondant de l’Académie de médecine, et Jean Rossier, médecin et membre de l’Académie des sciences.

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