Jeudi, 26 Mars, 2020

Ma chronique de l’extrême centre par Pierre Serna. Homo resilius ou homo resistus ?

Notre monde anthropocène est en train de basculer, de s’effondrer gémiront les Cassandre nés, ou de se transformer voudront voir les optimistes aguerris. Le constat du coup d’État biopolitique, fait la semaine dernière, se poursuit avec l’état d’urgence sanitaire, qui nous contraint de vivre dans un régime qui accapare désormais nos libertés en fermant nos bouches. « Nous sommes en guerre » : donc pouvoirs spéciaux au gouvernement et l’on ne devrait être que d’accord, car l’ennemi est une maladie bien réelle que personne ne remet en cause. Pourtant, désormais, chacun sait qu’il ne peut plus compter sur ce gouvernement.

Un rappel historique s’impose afin de garder la tête froide. James Scott dans son remarquable  Homo Domesticus, a montré comment en Mésopotamie entre – 4 000 et – 1 500 ans avant notre ère, les États autoritaires s’étaient constitués en domestiquant les animaux le plus possible, en réduisant les travailleurs en esclaves, quitte à concentrer tous les vivants dans des espaces « confinés » (sic), au risque d’épisodes épidémiques dramatiques qui voyaient ces micro-Etat se dissoudre, sans que la leçon ne soit retenue. Un chef-d’œuvre à lire et relire. Aujourd’hui, comment ces gens-là ont pu avoir le cynisme d’activer le 49.3 sur les retraites et la protection des anciens alors qu’ils savaient tout ce qu’ils savaient sur le coronavirus ? Comment la ministre de la Santé a pu laisser son poste au moment où elle savait tout ce qu’elle savait, qui explique son effondrement mental et nerveux il y a quelques jours devant tant de déni du réel. Voilà que sur fond de Terreur médicale, le président s’arroge les pleins pouvoirs.

Désormais, puisque nous sommes en guerre, il peut y avoir deux comportements : celui de la résilience et de la recherche douloureuse du retour au passé, en subissant, en supportant, comme si la catastrophe était inéluctable, comme si l’échec des années d’impéritie néolibérale, d’abandon de la recherche fondamentale, de rognure sordide des crédits pour les scientifiques, les médecins hospitaliers, n’était pas assez patent ! Il y a une autre attitude : celle de la résistance des francs partisans, qui refusent l’incohérence assassine des politiques vis-à-vis des gens qui ne comptent plus pour les puissants du jour, la révolte contre les flibustiers de la politique, et de la médecine, plus soucieux de gloire personnelle que de l’intérêt général. Désormais il faut choisir : Homo resilius, ou Homo resistus. Contre « le capitalisme de choc » qui profite de la crise pour tester la casse des ultimes protections, qui socialise les pertes pour privatiser les bénéfices, le choix des lectrices et lecteurs de l’Huma est fait, ni homo domesticus, ni homo resilius. Homo resistus !

par Pierre Serna
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