Mercredi, 25 Mars, 2020

A Mulhouse, Macron promet encore un plan pour l'hôpital

Le chef de l'Etat a pris à nouveau la parole mercredi soir en pleine épidémie de coronavirus, en promettant "un plan massif" pour l'hôpital. Les mêmes mots que sa ministre de la Santé employait déjà il y a trois mois pour vanter sa réforme... 

Le décor, déjà. Ce pupitre devant l'hôpital de campagne que l'armée a enfin pu déployer à Mulhouse, dix jours après la commande présidentielle. L'interprète en langage des signes dépêchée sur place, pour une nouvelle allocution qui ne parvient pas à sortir de l'aspect compassé d'une communication qui se raccroche à l'ancien monde quand tout fuit. Pupitre, donc, cartel indiquant date et lieu. Heure enfin, 20 heures, selon ce rite présidentiel ancien, quand l'urgence, au contraire, devrait apporter une parole d’État qui n'attend pas. Le désir de reprendre la main en terme de communication, de mise en scène, transpirait dans cette troisième allocution du chef de l’État en moins d'une semaine. Avec ses couacs, comme cette arrivée à Mulhouse, pour en quelque sorte inaugurer ce premier hôpital de campagne dans la crise du coronavirus, masque sur la bouche pour le chef de l’État. L'un de ces masques de protection FFP2, que tant de médecins et personnels de santé de ville réclament tant.

Ces chiffres ensuite, qu'Emmanuel Macron brandit comme des succès, alors qu'ils signent l'impuissance. Car au fond, faut-il que l'hôpital public ait été à ce point abandonné pour que, pour seulement 98 patients en surnombre et ayant besoin de réanimation, selon le décompte donné par le chef de l’État lui-même mercredi soir, il faille demander l'aide de la Suisse ou de l'Allemagne, mettre en branle -et inventer- un TVG médicalisé ? On comme l'a fait Emmanuel Macron, se satisfaire que « 40 000 volontaires » se soient portés dans la réserve sanitaire, ou que 100 000 citoyens se soient portés volontaires sur la plate-forme "jepeuxaider" montée par le gouvernement, ça ne signe jamais que la faiblesse de l’État dans cette crise, et combien les citoyens la ressentent.

Le président de la République, trémolos dans la voix, a rendu un hommage vibrant aux soignants, promettant la majoration des heures supplémentaires et prime exceptionnelle, et un « plan massif » de revalorisation des carrières. Ironie de l'histoire, c'est précisément la même expression qu'employait Agnès Buzyn en novembre dernier, tandis qu'elle était encore ministre de la Santé, défendant que sa réforme était « un plan massif, historique », pour l'hôpital public. Alors quoi, Emmanuel Macron à Mulhouse, en évoquant ce « plan massif », faisait-il allusion à celui-ci, ou en annonçait-il un nouveau? Accroché à son pupitre, le chef de l’État tempérait bien vite les ardeurs, en précisant que les réponses qu'il apporterait aux soignants en première ligne, aux femmes et hommes en deuxième ligne qui continuent à transporter, fabriquer, livrer, que cette reconnaissance de la nation s'effectuerait « dans les contraintes qui sont les nôtres ». A ceux-là, pas d'argent magique. Le chef de l’État réunira vendredi patronat et syndicats, tandis que l'essentiel a été fait avec la série d'ordonnances prises le matin même en Conseil des ministres pour prendre de larges libertés avec le code du travail. Il a aussi annoncé mercredi à Mulhouse le lancement d'une opération militaire baptisée "Résilience", qui mobilisera les forces armées pour aider la population touchée par l'épidémie de coronavirus, à l'approche du "pic qui est devant nous", répétant à nouveau plusieurs fois "nous sommes en guerre". Une rhétorique martiale, l'envoi de deux porte-hélicoptères, l'un dans le sud de l'océan Indien et l'autre dans la zone Antilles Guyane, comme si les deux navires pouvaient faire la différence dans cette « guerre ».

×