Des textes improbables qui disent le manque d’amour et une planète en danger où «	la banquise est pleine de pâquerettes	» avec «	ce dernier cormoran qui rêve d’un poisson qui n’existe pas	». Youri Lenquette
Des textes improbables qui disent le manque d’amour et une planète en danger où « la banquise est pleine de pâquerettes » avec « ce dernier cormoran qui rêve d’un poisson qui n’existe pas ». Youri Lenquette

Musique. Les Wampas de retour sur scène et toujours sur les rails

Vendredi, 14 Février, 2020

En tournée dans toute la France, le groupe punk français, qui a sorti un nouvel album en octobre 2019, n’a rien perdu de sa force de frappe, et ce malgré les années. De la poésie brute et urbaine.

Les Wampas nous ont fait la gueule. Ils ont été simples et tendres. Ils nous ont prévenus qu’il ne fallait jamais faire confiance à un vieux punk qui se met à l’électro. Ils ont été chauds, sales et humides. Mais finalement, après nous avoir dit qu’ils nous aimaient, ils sont de toute évidence la preuve que Dieu existe. Bref, les Wampas sont un tout, qui année après année, parfois avec un petit décalage dans le temps, ­reviennent pour nous dire un truc au premier abord absurde, dadaïste et sans rapport avec le schmilblick. Mais qu’importe le truc, finalement ? Cette fois-ci et depuis octobre, Didier, le roi himself, gueule sur son dernier opus (13e du nom), qu’il est là pour « sauvre le monde ». Et d’ailleurs, il était à Paris le 1er février pour le prouver (1). À Paname c’était complet.

Tout ça est mine de rien très « politique »

Ah oui, Sauvre le monde. Y a faute, n’est-ce pas ? Mais pas de leur fait. Plutôt celle de Jim Diamond, qui a supervisé les sessions de l’album accompagné du leader des ­Limiñanas, figure de proue du garage psyché à la française. Jim Diamond, pour situer le bonhomme, est à l’origine du son des White Stripes. En bon anglo-saxon qui se respecte, la langue de Molière n’est donc pas son fort. Quand il a fallu mettre un titre sur les masters, il a fauté. Faute commise à moitié pardonnée par Didier Wampas, qui a gardé le mauvais coup de crayon. Par contre en tant qu’ingénieur du son, il n’y a pas photo. Le garçon basé à Detroit, la ville des Stooges, MC5, et Alice Cooper, sait ce que veut dire rock and roll. Ça tombe bien, les Wampas, c’est leur créneau, et même leur credo, depuis 1983.

Mais revenons à nos microsillons, pourquoi faut-il « sauvre le monde » ? « Que risque-t-il d’ailleurs ce monde ? » demandait dans un webzine Yannick Krockus ? Réponse : « Sans doute pas grand-chose, mais il faut quand même le sauver. On s’en sortira, mais il faut continuer. Tous les jours un petit peu. Le fait que tu sois là, à nous interviewer, ça prouve qu’il y a encore des choses, et que le monde va être sauvé ! Ça ne te rapporte rien, nous non plus, donc c’est ça. Tant qu’il y a des gens comme nous qui font ça par passion, gratuitement, ça ira. » Du Didier Wampas dans le texte. Exilé à Sète, parce qu’il n’y fait pas froid, le retraité de la RATP n’a pas chômé sur l’album. 14 chansons du meilleur cri-cru « wampassien ». Le dernier punk-rocker français, tout aussi Michel Sardou, Mike Brant, Patrick Juvet, yé-yé pop, qu’enfant des années punks anglo-américaines n’en finit pas de dégainer des textes improbables où par petites touches et en gentil bouffon du roi – mais il n’y en a qu’un seul, c’est Didier lui-même – il nous dépeint un monde qui manque souvent d’amour et tourne plus que maboule ces derniers temps. Que dire ainsi du titre Des chinois vont sur la Lune ? Qu’ils vont certes sur la Lune et bientôt sur Neptune, mais que Didier, lui : « manque de thunes… et que la banquise est pleine de pâquerettes ». Une petite touche écolo par-ci, une autre par-là, avec « ce dernier cormoran qui rêve d’un poisson qui n’existe pas ». Tout ça est mine de rien très « politique », comme le titre éponyme : « Y en a qui n’aiment pas les Smiths, d’autres qui n’aiment pas la police. Faut de tout pour faire un monde. C’est politique… »

Politique qu’il aborde encore avec Roy, ce vieux facho qui vote FN et cache ses bières dans son placard. Il est alcoolique, chti, sa femme est en chaise roulante, il écoute Sardou dans la voiture et il a un bungalow au camping. Mais, car il y a un mais, le gars répare les voitures de tout le monde sans demander un sou. Comme le dit Didier Wampas : « Comment un mec comme toi pouvait être à moitié facho… y a un truc qui a dû merder quelque part. »

C’est évident, mais ce qui l’est encore plus est que l’on ne se lasse pas de cette poésie brute et urbaine, où il se souvient par exemple de ceux de « Pernety ». Finalement, on voudrait passer notre vie avec les Wampas, entre riffs et mélodie comme cette petite fille toujours chantée. Kiss.

(1) Le 14 février à Bourg-en-Bresse ; le 20 à Douvres-la-Délivrance ; le 21 à Saint-Marcel ; le 26 à Chaville ; le 28 à Crulai ; le 4 avril à Montbrison ; le 11 à Fontenay-le-Comte.
Éric Serres
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