Ralph Blindauer, avocat du CSE d'AML Systems. (Photo : Pierre Pytkowicz)
Ralph Blindauer, avocat du CSE d'AML Systems. (Photo : Pierre Pytkowicz)
Jeudi, 26 Mars, 2020

Pour l’avocat Ralph Blindauer, les entreprises doivent cesser de « jouer à la roulette russe avec la vie des salariés »

Entretien. Les salariés de l’équipementier automobile AML Systems, à Hirson (Aisne), ont décidé de porter plainte au pénal pour « mise en danger d’autrui ». Ils accusent leur direction de les exposer à un risque de contamination. Ralph Blindauer, avocat du CSE, explique les raisons de cette démarche inédite. 

Pourquoi avoir décidé de porter plainte devant le tribunal judiciaire ?

Ralph Blindauer. Parce que 150 salariés se sont retrouvés confrontés à une situation de danger. Il leur paraissait évident que cette usine, qui n’exerce aucune activité nécessaire à la survie économique du pays, allait fermer ses portes et qu’ils se retrouveraient en chômage partiel. Pourtant, la direction a décidé de garder l’usine ouverte sous prétexte qu’elle respectait les mesures barrières : distances d’un mètre, mise à disposition de gels hydroalcooliques, prise de température à l’entrée de l’usine, etc. Les salariés ont demandé un CSE extraordinaire, puis ils ont voulu exercer leur droit de retrait : la direction les a menacés de sanctions inadmissibles. C’est ce qui nous a motivés à aller au pénal.

En quoi les mesures barrières mises en place vous paraissent insuffisantes ?

Ralph Blindauer. Compte tenu de la vitesse de propagation du virus, on voit bien les limites des mesures barrières. La meilleure preuve, c’est que les salariés de la grande distribution commencent à être atteints, malgré les masques, les vitres de protection... Imaginez la difficulté d’appliquer ces mesures dans une usine, où les salariés peuvent travailler à deux sur une machine, se croiser au vestiaire, etc. Par ailleurs, il est impossible de passer sa journée à désinfecter tous les outils que l’on manipule. C’est une illusion de penser qu’on peut empêcher la transmission du virus dans l’entreprise.

Bref, la direction s’acharne à maintenir le site ouvert pour vendre quelques pièces supplémentaires, pour engranger quelques centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires de plus. On ne peut pas jouer ainsi à la roulette russe avec la vie des salariés.

Qu’espérez-vous avec cette plainte ?

Ralph Blindauer. Les représentants des salariés sont disposés à retirer leur plainte à condition que la direction revienne à la raison et qu’elle décide de fermer l’usine. Nous voulons la mettre face à ses responsabilités. Il ne faut pas oublier que certains parquets envisagent de mettre en garde à vue les gens qui ne respectent pas le confinement…

Lire aussi nos articles : «Coronavirus, confinement : ces salariés qui se retrouvent en premier ligne» et «La bataille du droit de retrait est lancée dans les entreprises»

Coronavirus, confinement : le point sur la situation, en direct sur l’Humanité.fr

Entretien réalisé par Cyprien Boganda
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