Un «confinement progressif», c'est la décision du gouvernement chilien annoncée par son président Sebastian Piñera le 22 mars. © Marcelo Hernandez / Getty Images
Un «confinement progressif», c'est la décision du gouvernement chilien annoncée par son président Sebastian Piñera le 22 mars. © Marcelo Hernandez / Getty Images
Jeudi, 26 Mars, 2020

Pourquoi l’exécutif chilien fait-il le choix de mettre sa population en danger face à la pandémie ?

Notre correspondant à Santiago nous explique la stratégie du gouvernement de Sebastian Piñera. Son option, exposer les populations les plus démunies à la contagiosité du virus.

Le Chili a eu la chance de n’avoir eu son premier cas de coronavirus que le 3 mars. Le pays bénéficiait de l’expérience concrète de différents pays touchés préalablement et qui ont réagi de façons très différentes. À l’aune des décisions prises ailleurs, de l’analyse des moyens disponibles, on aurait pu penser que le gouvernement aurait choisi la voie la meilleure pour lutter contre le virus. Il n’en a rien été. Tout se passe comme si c’était au Chili que le coronavirus était apparu en premier.

Les stratégies victorieuses pour faire face à l’épidémie, finalement, se résumaient ainsi : le confinement complet et rigoureux ou la détection massive des contaminés par une pratique de dépistage de masse.

Le Chili n’a pas les moyens de multiplier les tests. Il restait la stratégie chinoise. Mais le gouvernement avance à reculons vers le confinement total. Le ministre de la Santé, Jaime Mañalich, déclarait le 14 mars que « la fermeture des classes était irresponsable ». Le 22 mars, il posait la question : et « si le virus mutait et devenait sympathique », pourquoi imposer un confinement à tout le pays ?

Izkia Siches, la présidente du Colegio Médico (Ordre des médecins), exige « le confinement immédiat de la capitale », à défaut du confinement total du pays qu’elle réclame.

Un choix économique qui ne favorise que les nantis

La particularité du Chili est que, jusqu’au 21 mars, 71 % des contaminés étaient concentrés sur la capitale, Santiago, qui représente 38 % de la population chilienne. La province était relativement moins touchée : 62 % de la population et seulement 30 % des cas. Depuis le 20 mars, ces données évoluent rapidement. En quelques jours, la part des régions a augmenté et est passée de 28 % à 42 %. Autrement dit, le virus s’est diffusé et est largement sorti de son noyau géographique initial. Encore quelques jours et la répartition des cas recensés correspondra à la répartition de la population dans le pays.

Depuis le 15 mars, tout le monde réclame le confinement total. Rien n’y fait. Le gouvernement est sourd. Pour le moment, le référendum du 26 avril pour une nouvelle constitution a été reporté. L’opposition a suspendu toutes les manifestations. Certaines barrières sanitaires viennent d’être mises en place pour isoler des régions ou des villes. Le couvre-feu de 22 heures à 5 heures correspond à un confinement total de nuit dans tout le pays. Mais le métro de Santiago, en début de semaine, était bondé : les travailleurs n’ont pas les moyens de s’offrir des jours de chômage non payés. Le coronavirus ne met pas la question sociale dehors. Au contraire, il montre la réalité de l’inégalité face à la maladie.

Le gouvernement privilégie les stratégies économiques favorables à ses amis. Le confinement total obligerait à poser la question des ressources de millions de Chiliens privés d’emploi pendant cette période. Et donc celle de la redistribution des richesses. Les riches ne sont absolument pas d’accord et ce sont eux qui dirigent le pays.

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