Le prix des interventions pour les éradiquer peut aller de 150 à 4	000 euros	! A. Brisson-Smith/Nyt-Redux-Rea
Le prix des interventions pour les éradiquer peut aller de 150 à 4 000 euros ! A. Brisson-Smith/Nyt-Redux-Rea
Vendredi, 21 Février, 2020

Santé publique. Les politiques s’attaquent au fléau des punaises de lit

Comme les candidats aux municipales, le gouvernement s’est penché sur le problème de la prolifération de ces nuisibles. Une bonne nouvelle pour les habitants affectés par les petites bêtes qui piquent, et dont il est très difficile de se débarrasser.

En moins d’un an, les punaises de lit sont devenues un sujet de politique nationale. Après les débats organisés par les députés à l’automne et les récentes prises de position des candidats à la Mairie de Paris, le ministère du Logement a, à son tour, dévoilé hier un plan national contre ces petites bêtes qui piquent. Pas étonnant. Favorisé par le tourisme et les déplacements, le phénomène est en pleine recrudescence, après avoir quasiment disparu dans les années 1950. En 2018, les professionnels réunis au sein de la Chambre syndicale de désinfection, désinsectisation et dératisation (CS3D) ont traité 400 000 sites, soit le double de la période précédente, en 2016-2017.

Pour ceux chez qui elles s’installent, les punaises sont un vrai traumatisme. « Il n’y a pas que les piqûres. Les gens n’arrivent plus à dormir. Cela entraîne du stress et des problèmes psychologiques, de la dépression », explique Katia Yakoubi, assistante sociale à Marseille, à l’origine de la création d’un collectif interassociatif de lutte contre les punaises sur la ville. Dans un rapport publié en juin dernier, l’association Droit au logement évoquait aussi les risques de surinfection ou même d’anémie, quand les piqûres sont trop nombreuses.

« C’est hyperstressant. Tu te sens envahi. Il y a aussi un stigmate. Tu as honte d’en parler parce que ça fait sale. Et les gens ne veulent plus venir chez toi. Tu deviens un paria social », témoigne Charlotte, une Parisienne infestée pour la deuxième fois. Pourtant, contrairement aux idées reçues, la présence de ces parasites n’a aucun lien avec l’hygiène. Le phénomène n’épargne personne. Habitat indigne ou luxueux, HLM ou villas cossues, tous peuvent être contaminés. Le domicile familial de Julien Denormandie, le ministre du Logement, aurait ainsi été envahi à deux reprises, affirme l’intéressé !

« C’est un marché juteux »

Se débarrasser de ces insectes relève souvent du parcours du combattant. Jeter les matelas infestés, utiliser des huiles essentielles ou passer un appareil à vapeur, rien n’y fait… Charlotte s’est battue en vain. « Tu finis par leur imaginer des superpouvoirs. Tu te dis que tu n’arriveras jamais à t’en débarrasser », se souvient-elle. Enceinte, elle décide d’aller s’installer chez son compagnon le temps de trouver une solution. Ce sont finalement les services de la Mairie de Paris qui l’ont débarrassée des nuisibles en deux interventions facturées 150 euros.

Mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir un service municipal sous la main. Il suffit de taper punaise de lit sur Internet pour saisir la difficulté à choisir une société qui fera le travail sérieusement. « C’est un marché juteux. Il y a des gens qui ont compris qu’ils pouvaient se régaler là-dessus », commente Katia Yakoubi. Le ministère du Logement est bien conscient du problème. Son plan comporte « une structuration de la filière ». En collaboration avec le syndicat professionnel, il a élaboré une formation qui sera reconnue, un protocole pour unifier les méthodes d’intervention ainsi qu’une certification destinée à aider à faire le tri parmi les offres. En amont, une première information sera disponible via une page Internet sur le site du ministère et un numéro vert, réclamé par les associations, va être mis en place.

L’annonce du plan ministériel survient pendant la campagne des municipales, qui a vu monter la problématique des punaises de lit. « À Marseille, au départ, le sujet n’était porté que par la France insoumise. Les autres se moquaient. Maintenant, tout le monde en parle. C’est devenu le sujet à la mode », s’amuse Katia Yakoubi. À Paris aussi, les candidats en ont fait un sujet lors du débat organisé le 1er février par la Fondation Abbé-Pierre. « Il faut développer un service public des punaises de lit », avait alors estimé Danielle Simonnet, la candidate LFI. « Un excellent sujet », avait renchéri l’encore candidat LaREM Benjamin Griveaux, suivi par le Vert David Belliard.

De service public, il n’est cependant pas question dans ce plan gouvernemental… Alors que les associations et les députés de la France insoumise – qui ont déposé en novembre une proposition de résolution – demandent une prise en charge des frais pour les plus fragiles et un encadrement des prix. Le prix des interventions peut en effet aller de 150 à 4 000 euros ! La question du coût est d’autant plus centrale qu’il n’y a parfois pas d’autre solution que de se débarrasser de ses meubles. Mais comme souvent quand il s’agit de budget, le gouvernement a préféré botter en touche, renvoyant la réflexion sur l’encadrement des prix à une mission parlementaire.

Camille Bauer

Une question d’écologie

L’utilisation de produits chimiques contre ces nuisibles nuit à la santé. La méthode entraîne le développement de résistances accrues chez l’insecte. Le ministère du Logement comme les associations encouragent donc le recours à des techniques mécaniques : aspirations poussées et utilisation de repoussant thermique, appareil à vapeur, ou mise au congélateur des tissus infectés.

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