(Photo : Laurent Cerino/REA)
(Photo : Laurent Cerino/REA)
Jeudi, 13 Février, 2020

Sécurité : « Participation citoyenne », ou la bataille des justiciers

Le dispositif sécuritaire, qui incite les citoyens à dénoncer « tout évènement suspect » et que s’arrachent LaREM et LR, s’invite dans la campagne des municipales.

À l’entrée de plus de 6 000 communes françaises, un immense œil sur fond jaune vous accueille. Le panneau affiche la mention « Participation citoyenne ». Qu’on ne s’y trompe pas, cela a plus à voir avec le « Big Brother » d’Orwell qu’avec la démocratie participative. Le dispositif de « participation citoyenne », ressorti du chapeau par la droite en campagne pour les municipales, consiste à « associer les habitants à la protection de leur environnement », explique le ministère de l’Intérieur. Plus concrètement, le protocole implique de nommer des « citoyens référents », anonymes et volontaires, chargés de remettre des rapports aux forces de l’ordre les alertant « de tout évènement suspect ou de tout fait de nature à troubler la sécurité des personnes et des biens ».

« Avec ce dispositif, on instaure la peur et la suspicion, s’alarme le docteur en sciences politiques Romain Mathieu. Il est mis en place pour rassurer la population, au nom de la solidarité, alors qu’en réalité il nourrit le sentiment d’insécurité. » Un concept dangereux sur le plan idéologique mais aussi pratique : « Les référents sont chargés de signaler les comportements louches mais sans réelle formation. Cela renvoie alors à leurs peurs, à leur subjectivité, avec des risques de mauvaises interprétations et de bavures », ajoute le chercheur.

À Caen, le maire LR prône l’idéologie sécuritaire

Voyant le concept se développer sous le nom de « Voisins vigilants », la droite se l’est approprié en 2011. Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant souhaitait alors « développer un comportement de nature à mettre en échec la délinquance ». Cette mission de former des justiciers dans la population, Emmanuel Macron l’a fait sienne dès la campagne présidentielle, évoquant dans son programme « des représentants qui pourront être élus pour établir une relation de confiance avec la police ».

En avril dernier, une circulaire du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a précisé les contours du dispositif déjà en place. Elle a surtout pour effet de remettre la main sur cet « instrument au service d’une idéologie sécuritaire », comme le définit Romain Mathieu, en vue des prochaines municipales. Mais, pour l’heure, les têtes de liste investies par LaREM ne s’en sont pas emparées, contrairement à la droite. À Caen, le maire LR, Joël Bruneau, en a fait une de ses principales propositions. Il veut faire de la ville normande la plus grande commune de France à adopter la « participation citoyenne ». La droite profite ainsi des municipales pour faire un argument de campagne de ce dispositif, qui jusqu’ici se développe dans le silence. Avant une nouvelle contre-offensive de la Macronie ?

×