Le 5 février. «	Je veux voir le rapport de l’inspection générale et ses résultats, et alors, j’en tirerai les conclusions.	» Charles Platiau/Reuters
Le 5 février. « Je veux voir le rapport de l’inspection générale et ses résultats, et alors, j’en tirerai les conclusions. » Charles Platiau/Reuters
Jeudi, 6 Février, 2020

Sports de glace. Didier Gailhaguet refuse de démissionner

Le patron du patinage français a réfuté hier toutes les accusations portées contre lui et assuré n’avoir jamais couvert aucune affaire d’agression sexuelle. Il affirme avoir découvert les témoignages évoquant des viols il y a dix jours.

Surnommé l’ « inamovible président de la Fédération des sports de glace » ces derniers jours dans les médias, Didier Gailhaguet (66 ans) a montré qu’il était décidé à s’accrocher à son fauteuil, mercredi, lors d’une conférence de presse dans les locaux de l’instance. L’édile, qui a été éclaboussé par une affaire de tricherie aux JO de Salt Lake City en 2002, puis contraint en 2004 à la démission de la FFSG à cause d’une mauvaise gestion – poste retrouvé en 2007 –, a assuré n’avoir jamais couvert aucun cas d’agression sexuelle dans son sport. Il a affirmé avoir appris les accusations de viol « il y a une semaine et demie », pour des faits remontant à plus de vingt ans.

Il fustige « une ministre moralisatrice »

Devant une salle de presse pleine à craquer, Didier Gailhaguet a commencé par s’en prendre à « une ministre moralisatrice et des opportunistes de circonstance que l’on n’a pas vus dans les patinoires depuis dix ans ». « Madame la ministre ne m’a pas entendu, elle est drapée dans ses certitudes », a dit Didier Gailhaguet, président de la FFSG depuis 1998, dont quatre membres du bureau exécutif (sur seize) ont démissionné hier. «  Il n’y a pas eu un seul cas pendant ma présidence qui n’ait pas été traité », a-t-il assuré en dressant une liste des cas d’entraîneurs, dont certains ont été condamnés par la justice, jusqu’au dérapage récent du patineur Morgan Ciprès, soupçonné de harcèlement sur mineure.

Concernant la gestion du signalement de Gilles Beyer, accusé d’agressions sexuelles par plusieurs patineuses et de viol par la championne Sarah Abitbol, entre 1990 et 1992, il a refusé de porter le chapeau. « Je n’ai absolument pas protégé Gilles Beyer. » « Une première enquête administrative a été faite par le ministère des Sports. C’est moi et personne d’autre qui ait demandé à M me  Buffet (ministre des Sports de 1997 à 2002), via un membre de son cabinet, de le faire (en 2000). Elle l’a acceptée et mise en œuvre rapidement, a expliqué Didier Gailhaguet, qui avait reçu une lettre de parents signalant le comportement inapproprié de Gilles Beyer avec de jeunes patineuses. Je pense que Marie-George Buffet a été une bonne ministre mais, sur ce dossier, ses services ont dysfonctionné. »

Il a rappelé que l’enquête judiciaire, à la suite du transfert du dossier par le ministère au parquet de Créteil, avait « blanchi totalement Gilles Beyer ». Selon lui « la ministre des Sports a renvoyé M. Beyer à l’éducation nationale », qui « lui a renvoyé M. Beyer. Il est donc revenu au ministère des Sports et a été réintégré dans toutes ses missions ». C’est ainsi que ce dernier a pu exercer la fonction d’entraîneur national, puis dans le club des Français volants. Le patron du patinage français assure aussi qu’il est intervenu auprès de Gilles Beyer pour l’intimer de ne plus encadrer des mineurs. « Je me suis fait un peu réprimander, a-t-il précisé. Il m’a affirmé que la direction régionale de la jeunesse et des sports lui avait rendu sa carte professionnelle. » Concernant les mandats de Beyer au bureau exécutif de la FFSG jusqu’en 2018, Didier Gailhaguet a assuré qu’il n’y pouvait pas grand-chose, parce que l’ancien entraîneur y avait été élu « démocratiquement ».

Décidé à ne pas quitter la FFSG, Didier Gailhaguet s’est insurgé : « Je veux voir le rapport de l’inspection générale et ses conclusions, et alors, j’en tirerai les conclusions. » Le rapport ne devrait pas être rendu avant plusieurs semaines. Et d’ajouter : « Pourquoi démissionner ? Il faudrait que j’ai commis une faute. »

Nicolas Guillermin
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