Le président brésilien Jair Bolsonaro assistant à la relève de la garde au palais du Planalto, à Brasilia. (Evaristo Sa, AFP)
Le président brésilien Jair Bolsonaro assistant à la relève de la garde au palais du Planalto, à Brasilia. (Evaristo Sa, AFP)
Lundi, 6 Avril, 2020

Brésil. L’armée met au pas Bolsonaro... Un coup d’État très discret ?

Isolé par son inconséquence face au coronavirus, le président d’extrême droite serait écarté par les militaires.

Le cirque de Jair Bolsonaro n’amuse plus du tout les militaires brésiliens. L’armée pesait déjà de tout son poids, avec neuf représentants sur vingt-deux ministres et la désignation, le 14 février, à la tête du gouvernement, du général Walter Souza Braga Netto. Ce dernier assumerait désormais, si on en croit le journaliste argentin Horacio Verbitsky, le rôle de « président opérationnel ». Rien d’officiel pour l’heure, mais les autorités de Buenos Aires auraient été prévenues de façon informelle : « Cela n’équivaut pas à la déposition du président, mais à sa réduction à une figure de type monarque constitutionnel, sans pouvoir effectif. » Le procédé, s’il se confirme, tient du coup d’État à bas bruit.

Un virage à 180 degrés raté

Pris dans les rets d’une triple crise, sanitaire, économique et politique, Jair Bolsonaro est apparu, ces derniers jours, plus isolé que jamais. Son inconséquence devant la pandémie de Covid-19, qu’il n’a cessé de qualifier de « grippette », a fini par lui aliéner jusqu’à ses soutiens en uniforme. Le président d’extrême droite a bien tenté, mardi, un virage à 180 degrés dans une intervention télévisée au ton emphatique : « Nous sommes face au plus grand défi de notre génération. Ma préoccupation a toujours été de sauver des vies », a-t-il assuré. Sans parvenir à faire oublier ses récentes algarades. Jugeant « hystériques » les mesures de confinement décrétées dans plusieurs États, il justifiait son inaction dans des termes odieux, la semaine dernière : « Certains vont mourir ? Oui, bien sûr. J’en suis désolé, mais c’est la vie. On ne peut pas arrêter une usine de voitures parce qu’il y a des morts sur la route chaque année. »

Ce choix assumé de la sélection sociale pour préserver l’économie a fini par semer l’effroi jusqu’au plus haut sommet de l’État. Samedi, un rapport du ministère de la Santé s’alarmait de l’impréparation du pays : « Les lits de soins intensifs et d’hospitalisation ne sont pas correctement structurés, ni en nombre suffisant pour la phase la plus aiguë de l’épidémie. » Le document déplore aussi le manque de matériels, d’équipements et « de professionnels de la santé qualifiés ».

La pandémie, elle, continue de s’étendre : elle menace de faire des ravages dans les favelas surpeuplées des grandes villes. Hier, au Brésil, le Covid-19 avait déjà fait 445 morts.

Rosa Moussaoui
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