Très dépendants des recettes de billetterie, les clubs féminins de handball accusent d’importantes pertes financières et regardent l’avenir avec crainte. © Bruno Levesque/IP3
Très dépendants des recettes de billetterie, les clubs féminins de handball accusent d’importantes pertes financières et regardent l’avenir avec crainte. © Bruno Levesque/IP3
Lundi, 20 Avril, 2020

Comment la pandémie fait tousser le handball féminin

La Ligue, dont les clubs accusent déjà des pertes financières importantes, a mis un terme définitif à sa saison. La crise sanitaire pourrait durablement affecter le modèle économique de ce jeune championnat en plein essor.

Moins riche et structuré que son homologue masculin, le sport féminin subit de plein fouet l’impact économique du Covid-19. Dernière victime collatérale, la Ligue féminine de handball (LFH), en sommeil depuis le 12 mars, qui a annoncé vendredi 17 avril la fin du championnat de France 2019-2020 de première division. La compétition est arrêtée à la 19 e journée, sans attribuer le titre, les clubs de Brest et Metz terminant à égalité (51 points chacun) en tête du classement. Cette décision fait suite aux dernières annonces du président de la République interdisant tout rassemblement public jusqu’à la mi-juillet. Très dépendants des recettes de billetterie, les clubs accusent d’importantes pertes financières et regardent l’avenir avec crainte. Une première pour la LFH qui, depuis sa création en 2008, connaissait une croissance économique rapide que rien ne semblait pouvoir arrêter.

Perte de 10 % du budget cumulé des clubs

Tiré notamment par les titres mondiaux puis européens des Bleues et un fort impact local dans les neuf régions où sont implantés les 12 clubs (14 la saison prochaine), le championnat de France, dénommé aujourd’hui la Ligue Butagaz Énergie, est même devenu le premier sport collectif féminin à décrocher un sponsor titre. Mais l’heure n’est plus à la fête et la Ligue estime « la perte par la crise sanitaire du Covid-19 sur les 12 clubs à 2,86 millions d’euros ». Soit plus de 10 % du budget cumulé des clubs, qui s’élève à près de 25 millions d’euros (6 millions de billetterie, buvette, etc., 9 millions de subventions publiques et 10 millions de partenariats privés). « C’est une évaluation effectuée sur le manque à gagner de la billetterie mais aussi des gains pour les clubs qui jouent la Ligue des champions (Brest et Metz) », explique Nodjialem Myaro, présidente de la LFH .

Pour l’instant, les clubs tiennent le choc grâce au chômage partiel mis en place par le gouvernement. Mais la diminution de trésorerie peut vite devenir problématique. Avec l’arrêt de la billetterie et des revenus des matchs provenant des partenaires, le club de Metz, deuxième budget du championnat (3 millions), prévoit une perte de 150 000 euros. « Sans comptabiliser de possibles demandes de remboursement d’abonnés ou de sponsors », souligne le président messin, Thierry Weizman. À cela, s’ajoute le manque à gagner de la juteuse Ligue des champions, sur laquelle le club lorrain avait bâti ses prévisions budgétaires en tablant sur une qualification au Final Four (demi-finales, 3 e place et finale disputées sur week-end – NDLR), qui rapporte un minimum de 200 000 euros.

Un scénario catastrophe les clubs de LFH

Et la suite s’annonce inquiétante. Dans son évaluation de 2,86 millions d’euros, la Ligue n’a pas pris en compte la perte de sponsors. « Ce chiffre va augmenter, redoute Nodjialem Myaro. La saison prochaine, des clubs vont sans doute perdre des partenaires économiques qui vont mettre la clé sous la porte ou vont devoir se serrer la ceinture et ne pourront plus honorer leur contrat. » Un scénario catastrophe pour nombre de pensionnaires de LFH, à l’image de Bourg-de-Péage, petit club de la Drôme, dont le budget (1,6 million d’euros) est abondé à hauteur de 1 million par le partenariat privé (250 entreprises locales). Sans compter la crainte de voir baisser les subventions territoriales en cette période de crise économique. Une situation qui affaiblirait encore un peu plus une majorité de clubs, mais aussi le multiple champion de France, Metz, dont 40 % du budget provient des collectivités publiques.

Pour compenser ces pertes, des efforts pourraient être demandés aux joueuses. « Il y a un risque que des clubs ne puissent pas payer les salaires, j’espère qu’on n’en arrivera pas là, s’inquiète Nodjialem Myaro. Certaines joueuses ont des bons revenus, d’autres des salaires moindres, il faudra que cela soit cohérent pour qu’aucune ne se retrouve en difficulté. » Et de conclure : « Le pire serait qu’une nouvelle vague épidémique ressurgisse à l’automne… Un nouveau confinement remettrait en cause toute la saison prochaine et aurait de lourdes conséquences économiques. »

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