Arrivée du peloton sur les Champs-Élysées, le 28 juillet 2019 (Photo : Gonzalo Fuentes/Reuters)
Arrivée du peloton sur les Champs-Élysées, le 28 juillet 2019 (Photo : Gonzalo Fuentes/Reuters)
Jeudi, 16 Avril, 2020

Cyclisme : le Tour de France aura bien lieu

À huis clos, possiblement annulée… Finalement, la Grande Boucle, monument international, se tiendra, sauf reprise de la pandémie, du 29 août au 20 septembre prochain. Départ prévu à Nice, depuis la promenade des Anglais...

C’est du journal le Dauphiné que la fuite est parvenue. Mardi soir, le quotidien régional, à la suite d’un mail d’Amaury Sport Organisation (ASO) reçu par erreur, a annoncé que le Tour de France 2020 s’élancerait finalement le 29 août prochain de la promenade des Anglais à Nice et se terminerait le 20 septembre sur les Champs-Élysées. Un mois plus tard que la date prévue initialement ! Outre cette annonce qui n’a été confirmée que mercredi en fin de matinée, la Grande Boucle ne changera rien à ses habitudes et devrait suivre le parcours prévu au cours de ses trois semaines de course. Évidemment, ce choix de décaler l’épreuve vers la fin de l’été tiendra compte de l’amélioration de la situation sanitaire. Si elle a lieu… Fin donc d’un huis clos, d’un tour sans spectateurs, longtemps envisagé par ASO mais aussi Roxana Maracineanu, la ministre des Sports. Retour à la presque normale.

Vitrine et poumon économique du cyclisme

Un grand soulagement pour le petit monde du cyclisme, qui ne savait plus sur quelle pédale appuyer. Car le Tour – 3 e événement sportif le plus suivi dans le monde après les jeux Olympiques et la Coupe du monde de football – est la pierre angulaire d’une économie bien particulière.

Il est surtout la vitrine de son sport – n’en déplaise, et à raison, aux autres grandes épreuves cyclistes –, son poumon économique. « Il y a assez peu de disciplines sportives qui reposent à ce point sur un événement, qui plus est détenu par un privé et non une fédération », expliquait il y a quelques jours Bruno Bianzina, directeur général de l’agence Sport Market. Quant à Patrick Lefevere, directeur de l’équipe belge Deceuninck-Quick Step – formation dominatrice sur les courses d’un jour et moins sur les grands tours –, il n’y allait pas par quatre chemins lorsqu’on lui parlait d’une éventuelle annulation : « Ce serait un désastre total ! ASO peut assumer un coup dur, les équipes ne peuvent pas. S’il n’y a pas de Tour de France, le modèle entier du cyclisme peut s’effondrer. »

2 milliards de téléspectateurs dans 170 pays

Modèle qui, avec le confinement, a déjà pris un sacré coup de bordure. Ainsi, l’équipe polonaise CCC a suspendu les salaires de la majorité des coureurs, et le désengagement de son sponsor principal paraît presque acquis. D’autres équipes sont proches de cette situation. L’annulation du Tour aurait donc eu des conséquences sans précédent. Outre les primes reversées aux équipes par ASO – 2,3 millions d’euros sur l’édition 2019 –, c’est tout le modèle fondé essentiellement sur le sponsoring qui avait de grandes chances de s’écrouler. Équipes cyclistes, tout comme les épreuves, grandissent et s’épanouissent grâce à ces sponsors. Car le Tour offre une exposition incomparable, avec une audience estimée à 2 milliards de téléspectateurs cumulés dans 170 pays. Et presque 12 millions de spectateurs se pressent chaque été sur le bord de la route pour voir passer les coureurs mais aussi la caravane publicitaire. Or, sans exposition, les sponsors auraient-ils encore joué le jeu ? Non, répond le manager du groupe Groupama FDJ, Marc Madiot : « Il est clair que les budgets de sponsoring, c’est souvent la ligne qui disparaît la première dans un budget. » De fait, en France, les coureurs se raccrochent à la fidélité des partenaires historiques que sont AG2R la Mondiale, Groupama FDJ, Cofidis.

L’annulation, un véritable manque à gagner pour les communes françaises

Mais, outre le peloton, ce sont aussi les villes, qui accueillent des étapes, qui auraient eu fort à perdre. Certes, elles doivent débourser beaucoup pour accueillir la Grande Boucle – pour une ville départ, le forfait est d’environ 100 000 euros et 60 000 euros pour une ville ligne d’arrivée –, mais les retombées économiques sont sans commune mesure. En 2013, Gap – ville départ et arrivée – avait certes mis sur la table 160 000 euros, mais estimait ses gains à presque 3 millions d’euros.

Alors évidemment une annulation de cette 107 e édition aurait été un sacré manque à gagner. Manque aussi patrimonial. L’année passée, une cinquantaine de parlementaires avait demandé que le Tour de France soit inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

×