Seuls l’Île-de-France, la Guyane et Mayotte restent en orange sur la carte du déconfinement. Pour ces territoires, une troisième phase est attendue à partir du 22 juin. Philippe Lopez/Pool/AFP
Seuls l’Île-de-France, la Guyane et Mayotte restent en orange sur la carte du déconfinement. Pour ces territoires, une troisième phase est attendue à partir du 22 juin. Philippe Lopez/Pool/AFP
Vendredi, 29 Mai, 2020

Déconfinement. Le virus s’éloigne, et le retour à la vie normale se profile

Fin de la limite des 100 km, réouverture de tous les lycées en zone verte, mais aussi des bars, des restaurants et des parcs… Grâce à de « bonnes nouvelles sur le plan sanitaire », le premier ministre a pu confirmer, jeudi après-midi, un assouplissement généralisé des mesures destinées à éviter une reprise de l’épidémie.

«Au cours de cette phase 2, la liberté, enfin, va redevenir la règle, et l’interdiction redeviendra l’exception. » Le premier ministre Édouard Philippe a annoncé, jeudi après-midi, les mesures qui accompagneront la deuxième phase du déconfinement, à partir du mardi 2 juin. Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans le retour progressif des Français à la vie normale, avec la fin de nombreuses contraintes, concernant notamment les déplacements de personnes, l’école, les cafés et restaurants, le tourisme, la vie culturelle et sportive…

Des assouplissements permis, selon le premier ministre, par la décrue de l’épidémie de Covid-19, qui semble se poursuivre : « Les résultats sont bons sur le plan sanitaire. Même si nous restons prudents, même si nous ne pouvons courir le risque de la désinvolture, les nouvelles sont bonnes. »

Cette deuxième phase doit aussi accentuer la reprise de la vie économique, alors que la crise est déjà présente. Édouard Philippe prévient : « Ce déconfinement nous permet de souffler après l’épreuve mais il doit aussi sonner la mobilisation de tous. »

1. Une carte du déconfinement en vert et orange

Plus de zones rouges sur la carte du déconfinement. C’est le premier effet de la décrue de l’épidémie observée dans l’ensemble du territoire. Le Grand-Est, les Hauts-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté sont désormais teintés de vert, les trois critères définis - circulation du virus, disponibilité des lits de réanimation et capacité de dépistage - étant remplis dans ces régions.

La situation reste encore tendue en Île-de-France, en Guyane et à Mayotte mais elle a suffisamment bien évolué pour passer à l’orange. « Nous allons surveiller avec une vigilance particulière ces départements où le virus circule un peu plus qu’ailleurs, et des mesures spécifiques demeurent donc », a précisé Édouard Philippe.

Conséquence directe de cette nouvelle carte, l’ensemble des parcs et jardins de France pourront être ouverts à partir du 2 juin. Les départements orange ne bénéficieront pas, en revanche, de certains relâchements concernant la réouverture des lycées, des cafés et restaurants, ou concernant la vie culturelle et sportive et le tourisme (voir par ailleurs).

2. La fin de la règle des 100 kilomètres

Cela faisait partie des annonces les plus attendues. La levée de la limitation de déplacement au-delà des 100 kilomètres de son domicile sera effective à partir de mardi. « Cette mesure qui a été utile pour limiter la propagation du virus » n’a aujourd’hui « plus de justification », a commenté le premier ministre. Ce dernier a toutefois tenu à « appeler à la responsabilité de chacun » pour éviter une reprise de l’épidémie en limitant la circulation et en « décalant au maximum les longs déplacements ». Sur les mouvements à l’intérieur de l’Europe, plusieurs pays ont d’ores et déjà annoncé la réouverture de leurs frontières dans les semaines à venir. « La France sera favorable à une ouverture à partir du 15 juin. Mais elle appliquera le principe de réciprocité », a expliqué Édouard Philippe. Les pays européens qui maintiendront leurs frontières fermées verront en retour celles de la France rester closes. Même réciprocité en ce qui concerne les mesures de quatorzaine, qui seront appliquées par exemple par le gouvernement britannique à partir du 8 juin. Quant aux frontières extérieures de l’Europe, elles resteront fermées au moins jusqu’au 15 juin. L’exécutif appelant « à une décision collective » de l’ensemble des gouvernements européens sur cette question.

3. Vacances : vers un été presque normal… en France

C’est un ouf de soulagement pour tous ceux qui rêvent de prendre l’air après plus de deux mois de confinement. En plus de la suppression de la limite de 100 kilomètres pour les déplacements, le premier ministre a annoncé que « les hébergements touristiques, les villages vacances, les campings pourront ouvrir à partir du 2 juin dans tous les départements, à l’exception de ceux qui font l’objet d’une vigilance particulière ». Dans ces derniers, la réouverture devrait avoir lieu à partir du 22 juin, lors de la troisième phase de déconfinement. Pour ce qui des activités, « les plages, les lacs, les plans d’eau, les musées, les monuments » seront eux aussi rouverts le 2 juin en zone verte, le 22 en zone orange. Il en va de même pour les parcs de loisir, « moyennant le respect des règles de sécurité et avec une jauge maximale de 5 000 personnes pour éviter un trop grand brassage des populations ». Autre bonne nouvelle pour les enfants, « les colonies de vacances pourront reprendre dans tous les départements ».

4. Rideau de fer levé pour les bars et restaurants

« Objets d’une très forte attente des Français », les bars et restaurants rouvriront dans « tous les départements » mais avec des « restrictions temporaires dans les zones orange », a pondéré Édouard Philippe. Oubliés les 4 mètres carrés entre chaque table ou les plexiglas. Il suffira de faire respecter une distance d’un mètre entre deux tables, limitées à dix personnes. Les masques pour les « personnels en salle et en cuisine seront obligatoires », ainsi que pour les clients lorsqu’ils se déplacent. Les clients ne pourront pas consommer debout à l’intérieur.

« Dans les départements qui font l’objet d’une vigilance particulière, les départements de l’Ile-de-France, Mayotte et la Guyane, seules les terrasses des cafés, des bars et des restaurants pourront ouvrir au 2 juin », a expliqué le premier ministre. Ces mesures seront « réévaluées à la fin du mois de juin ou plus exactement avant le 22 juin, qui est la date de notre prochain rendez-vous », a-t-il ajouté.

5. Entreprises : Le télétravail reste privilégié

« Le télétravail continue d’être bien évidemment privilégié », a déclaré Édouard Philippe, engageant les employeurs au maintien du travail à distance sans pour autant fixer de date butoir. En revanche, le dispositif du chômage partiel, « qui a permis de limiter l’impact » social alors que « l’économie a été en très grande partie à l’arrêt », va dès lundi être modulé. Au plus fort de la crise sanitaire, 12,9 millions de salariés en ont bénéficié. Les employeurs auront désormais à leur charge 15 % du coût du dispositif (contre 100 % pris en charge par l’État actuellement). Les secteurs soumis à une interdiction d’activité réglementaire tout comme les salariés « les plus fragiles et qui n’ont pas la possibilité de télétravailler » continueront, quant à eux, de bénéficier à 100 % de la prise en charge par l’État. Alors que les entreprises rouvrent peu à peu partout sur le territoire, Muriel Pénicaud a prévenu, ce jeudi : « Le chômage partiel ne peut pas indéfiniment se substituer à l’activité économique. Il faut retourner vers l’activité. »

6. Reprise des lycées, pas d’oral de français

Édouard Philippe a réservé à Jean-Michel Blanquer l’intégralité des annonces sur l’école. Après « l’amorce » du mois de mai, c’est donc « l’amplification » de la réouverture que celui-ci a confirmée. 80 % des écoles primaires sont ouvertes (mais seulement 22 % des élèves accueillis en zone verte et 14 % en zone orange) : le ministre veut atteindre 100 % dès la semaine prochaine, en précisant qu’il faut « aller chercher les élèves qui en ont le plus besoin » et que « c’est le travail des enseignants ». Tous les collèges doivent rouvrir, avec les 4e et 3e en zone verte et au moins les 6e et 5e en zone orange. Mais les annonces les plus frappantes concernent le lycée. D’abord avec l’annulation, tant espérée par les élèves, enseignants et parents, de l’épreuve orale du bac de français. Elle sera validée en contrôle continu, sur la base des notes des deux premiers trimestres. Puis avec l’annonce de la réouverture des lycées : tous, avec au moins un niveau accueilli, en zone verte. En zone orange, priorité sera donnée aux lycées professionnels, et d’abord aux terminales et CAP.

7. Culture : réouvertures à la carte, avec masques

Le retour de la vie culturelle était espéré par l’ensemble de ses acteurs. Restait à en connaître les modalités. Problème : c’est un retour sous perfusion. Le mouvement de réouverture avait timidement débuté dans les musées. Il va s’élargir à partir du 2 juin, où tous les musées et monuments vont pouvoir de nouveau accueillir des visiteurs. Même chose pour les salles de spectacle et les théâtres dans les zones vertes, avec un respect de la distanciation physique et le port du masque obligatoire. Ceux de la zone orange devront attendre le 22 juin. Qu’en sera-t-il concrètement alors que la saison s’achève ? Évoquant une demande des exploitants, le premier ministre annonce également la réouverture des cinémas le 22 juin. Quid des grands rassemblements ? « C’est notre plus grand risque », répond le premier ministre, fixant une jauge de 5 000 personnes, pouvant être réduite par arrêté préfectoral, dans les zones de plein air. Dans les salles de concert, c’est la chronique d’un casse-tête annoncé avec la question de la distanciation physique, dont la responsabilité incombera aux directeurs de salle.

Décryptage réalisé par la rédaction
Stopcovid, « un instrument » selon édouard philippe

« Ce n’est pas l’arme magique, mais un instrument de lutte contre l’épidémie. » Édouard Philippe a tenu à défendre lui-même, jeudi, l’application de traçage numérique StopCovid, approuvée mercredi soir par le Parlement. Le premier ministre a invité tous les Français à « l’utiliser » dès le 2 juin. « Nous avons pris toutes les garanties nécessaires », a-t-il tenté de rassurer, précisant que StopCovid « ne géolocalisera jamais » et que son utilisation serait « anonyme et provisoire ». L’application sera bien sûr « gratuite ». En pratique, elle pourra vous alerter a posteriori si vous êtes resté « à moins d’un mètre et pendant plus de 15 minutes » d’une personne testée positive. C’est un « outil nouveau », mais un « élément extrêmement puissant de lutte contre la propagation de l’épidémie », a assuré Édouard Philippe.

×