Détention d' Omar Radi : les ONG pointent une instrumentalisation sans précédent

Mardi 22 Septembre 2020

Pour de nombreuses associations, syndicats de journalistes et organisations de défense des droits de l’homme, Omar Radi est victime d’une véritable manipulation du système judiciaire.

Depuis son arrestation le 29 juillet, Omar Radi est détenu à la prison d’Oukacha à Casablanca. Le journaliste marocain comparaît ce mardi devant un juge d’instruction. À la veille de ce procès, plusieurs rapports publiés par des organisations non gouvernementales font état d’une instrumentalisation sans précédent du système judiciaire par les autorités marocaines à son encontre. Dans une longue enquête, Human Rights Watch (HRW) pointe lundi l’emprisonnement abusif, des accusations fragiles et des soupçons de manipulation politique. Pour Eric Goldstein, directeur par intérim de la division du Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW : « Désormais, les poursuites apparemment truquées contre des journalistes critiques figurent en bonne place dans le manuel des autorités marocaines pour étouffer toute contestation. Les accusations d’espionnage, ainsi qu’une cascade d’autres charges, semblent concoctées pour faire tomber Omar Radi. »

Dans ce rapport, HRW décrypte point par point l’ensemble des poursuites vis-à-vis de Radi et les nombreux précédents qui ont visé d’autres journalistes et opposants. L’organisation dénonce aussi « une véritable campagne de diffamation » à son encontre. Elle a décompté plus de 136 articles entre le 7 juin et le 15 septembre, émanant de sites d’informations proches du pouvoir (ChoufTV, Barlamane, Le360), qui attaquent Radi et ses proches en relayant des « insultes » et « des informations personnelles ».

Cet acharnement contre le journaliste provient de ses investigations. Radi a publié plusieurs enquêtes sur la corruption dans le milieu politique, les expropriations de terrains, le mouvement social Hirak dans le Rif. C’est à cause de cette bataille et d’un tweet en décembre 2019 critiquant des condamnations à l’encontre des militants du Rif que le tribunal l’avait condamné à quatre mois de prison. Ce premier procès a été étudié par la Fondation Clooney pour la justice. Le rapport rendu samedi conclut qu’il « n’aurait jamais dû se tenir. Le Maroc devrait arrêter de poursuivre les journalistes et respecter leurs droits à la liberté d’expression et à la liberté de la presse en vertu de ses obligations internationales en matière de droits de l’homme ». L’une des auteurs, la professeure Hannah Garry, spécialiste des lois internationales concernant les droits de l’homme, relève que les droits d’Omar Radi « ont été violés par la Cour qui n’a pas respecté la présomption d’innocence » et appelle « à annuler la condamnation de Radi en appel et à faire en sorte que toute autre procédure soit correctement fondée ».

Du côté d’Amnesty International, on appelle à « un procès équitable pour Omar » et « que sa détention provisoire n’est pas nécessaire au titre du droit à la présomption d’innocence, et que le harcèlement judiciaire et médiatique contre lui doit cesser ». 

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