Éditorial. Le prix de la liberté

Mardi 22 Septembre 2020

Il n’y a pas de peuple libre sans presse libre. C’est pourquoi l’enquête approfondie que nous publions aujourd’hui, simultanément avec nos consœurs et confrères de Mediapart, dépasse de loin l’injustice faite à Omar Radi, le journaliste marocain traqué et persécuté par la monarchie alaouite. À travers le sort qui lui est fait, c’est une photographie de l’état des libertés au Maroc qu’a prise notre enquêtrice, de ce que l’on peut ou non y dire sans crainte, et de ce que l’on risque à s’intéresser de trop près à la prédation des richesses par le régime en place.

Les apparences de modernisation qui ont accompagné l’accession au trône de Mohammed VI, il y a vingt ans, ont fait long feu. « On revient aux années Hassan II », l’ancien roi au terrible passif en matière de droits de l’homme, alertait Omar Radi en janvier, après une vague d’arrestations de journalistes. Avec ceci d’innovant dans la méthode qu’on s’attaque désormais à leur réputation en leur collant sur le dos des crimes sexuels dont les allégations ne résistent guère à l’investigation.

Mais l’enjeu de notre enquête dépasse même la situation marocaine. Le cas d’Omar Radi – on pourrait aussi citer celui de l’Algérien Khaled Drareni, ou encore de l’Australien Julian Assange – rappelle combien les droits des journalistes sont mis en cause de par le monde, menaçant un peu de la liberté de chacun. C’est ce qui a guidé le choix de l’Humanité d’unir ses efforts à ceux de Mediapart dans cette enquête pour défendre ce bien commun.

La liberté d’expression et d’opinion, le pluralisme des idées sont les ennemis de tous les tyrans. « Je redoute trois journaux plus que 100 000 baïonnettes », disait Napoléon Ier, qui s’y connaissait en censure comme en art de la guerre. « Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité », répondait Jean Jaurès à un siècle d’intervalle, dans le premier numéro de l’Humanité. Votre journal sait le prix de cette liberté pour l’avoir payé au cours de son histoire à coups de saisies et d’interdictions, sans parler de la censure économique pour l’étrangler financièrement. Chercher et dire aujourd’hui la vérité dans l’affaire Omar Radi, c’est rester fidèle au but initial de l’Humanité.

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