Entre le manque de moyens et le personnel mobilisé par la crise sanitaire, difficile pour l’Agence française de lutte antidopage de mener sa mission à bien. (Photo : A. Breznay/REA)
Entre le manque de moyens et le personnel mobilisé par la crise sanitaire, difficile pour l’Agence française de lutte antidopage de mener sa mission à bien. (Photo : A. Breznay/REA)
Mercredi, 8 Avril, 2020

Entraînement. Confinés, les dopés courent toujours

Se préparer médicalement en vue de compétitions est une habitude chez les tricheurs. Comment enrayer le phénomène alors que les contrôles sont de fait limités ?

Alors que les premières mesures de confinement étaient prises en France, que nombre de compétitions sportives et non des moindres (JO, Euro, Giro, etc.) étaient reportées ou annulées, Clément Mignon, du Cercle des nageurs de Marseille, finaliste du 100 m nage libre aux derniers championnats du monde de Gwangju, était contrôlé par les hommes de l’Agence française de lutte antidopage (AFLD). Et depuis ? «En 2016, explique le nageur, avant les JO, c’était un contrôle toutes les deux semaines. C’était lourd dans ces moments-là. » Mais nécessaire à l’équité sportive. Pas loin de 15 contrôles en une année. Mais voilà, l’année 2020 ne sera pas comme les autres. Elle pourrait rester dans ses souvenirs comme celle où l’Agence française de lutte contre le dopage n’aura pu aller au bout de sa mission. « L’AFLD, c’est un peu comme l’hôpital. Elle manque de moyens pour mener ses missions et en ce moment plus que jamais », explique Antoine Vayer, ancien entraîneur de l’équipe cycliste Festina et pourfendeur du dopage dans le sport.

« En l’absence de contrôles, tout est plus facile »

Le coronavirus étant passé par là et repassant par ici, difficile dès lors de réaliser des contrôles en bonne et due forme. Nombre d’agences antidopage ont, à travers le monde, fermé leurs portes et laissé un espace entrouvert, dont certains pourraient profiter pour jouer avec le feu. « C’est même une évidence, les tricheurs restent les tricheurs. Nombre de produits disparaissent très vite au contrôle », ajoute Antoine Vayer. Comme il est écrit dans un communiqué de l’AFLD : « Les agents de contrôle sont pour une large part des professionnels de santé exerçant en milieu hospitalier ou en ville, et sont ou seront fortement mobilisés durant la phase épidémique. Leur mission de soignants est absolument prioritaire et l’Agence leur exprime son soutien et sa plus vive gratitude… »

Dès lors, l’Agence mondiale antidopage (AMA) peut bien menacer par la voix de son directeur, Witold Banka, et rappeler qu’elle dispose de plusieurs moyens, en plus des tests, pour repérer les athlètes dopés. L’avertissement sera-t-il suffisant pour stopper les contrevenants ? Non, répond catégoriquement Antoine Vayer : « Bien au contraire, c’est une période bénie pour eux. Le fait qu’ils n’aient pas d’objectifs précis, de compétitions à venir pour le moment ne change rien. Ceux qui voudront se doper vont prendre beaucoup moins de précautions pour le faire. Prenons ainsi le clenbutérol, un bêtastimulant aux effets anabolisants renforçant les muscles, il a cet avantage de disparaître très vite lorsqu’on fait une c ure. Sans contrôles, tout est plus facile ! »

Quels outils pour arrêter cette machine infernale ?

Mais pourquoi se doper alors même qu’aucune compétition ne pointe à l’horizon ? Antoine Vayer, qui a vécu la montée en puissance de l’équipe Festina et de ses dérives avant de la quitter, donne les raisons : « Le dopage, cela marche aussi à l’entraînement. On se dope bien aussi avant. Ce qui est pris même tôt n’est jamais perdu. Tu t’entraînes mieux, tu récupères mieux. Ce que tu gagnes en puissance, tu ne le perds pas par la suite. Le dopage, cela transforme la machine durablement. »

Que faire, ainsi, pour enrayer cette machine infernale qui pourrait, comme le rappelle Antoine Vayer, déboucher sur « un sport à deux vitesses » dès la reprise des compétitions ? Vérifier quelques paramètres. Dans le cyclisme, par exemple, il en existe un qui, selon l’entraîneur, peut donner des indications : « Les watts ! Ce profil de puissance est l’un des paramètres pour savoir s’il y a eu dopage ou pas. » Et certains semblent déjà avoir pris de l’avance, comme ce cycliste, que nous ne nommerons pas, et qui sur home-trainer Swift – un home-trainer connecté très utilisé en ce moment par les coursiers – a tout simplement été arrêté par la machine car il développait trop de watts. « La triche est aujourd’hui aussi virtuelle », sourit à moitié Antoine Vayer…

éric Serres
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