Frères de colère

Jeudi 13 Février 2020

Au rythme de notre colère, de Guy Gunaratne, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Laurent Trèves, aux éditions Grasset, 368 pages, 23 euros

Quarante-huit heures de la vie d’une cité de Londres, embrasée par les émeutes et les agressions racistes. Un premier roman de bruit et de fureur.

Ils ont grandi ensemble, au pied des tours de Londres, ont affronté la même violence, la même fureur, « un battement de tambour terrifiant ». Selvon, Ardan et Yusuf sont comme des frères, partagent les mêmes codes, la même langue de la rue, les mêmes blagues. Leurs parents sont venus des Caraïbes, d’Irlande du Nord ou du Pakistan et se sont installés à Neasden, un quartier populaire du nord-ouest de la ville.

En ce jour d’été, alors que les garçons doivent se retrouver pour jouer au foot, une vidéo virale met le feu aux poudres : un soldat de l’armée britannique en civil a été tué à l’arme blanche par un jeune Noir se réclamant de l’islam radical. Alors que des émeutes éclatent, des skinheads brandissent des banderoles racistes et menacent d’envahir le quartier pour se venger des « Pakis », qu’ils assimilent à des terroristes. En quarante-huit heures, Neasden va s’embraser et la fragile cohésion laisser place à une « terreur débridée ».

C’est Selvon qui parle le premier, calant le rythme ses phrases sur celui de sa course. À mesure que les heures passent, comme un compte à rebours, cinq personnages prendront ainsi la parole à tour de rôle pour raconter ces deux jours de tension extrême, jusqu’à l’explosion.

Des moments de l’histoire qui se répondent et s’amplifient

Nelson, le père de Selvon, est arrivé des Antilles britanniques dans les années 1950, a travaillé dur et a connu les agressions racistes des Teddy Boys. Caroline, la mère d’Ardan, est née à Belfast, dans une famille proche de l’IRA. « Même après ces années à Londres, j’ai continué de faire profil bas », dit-elle. Admirateur de NTM, Ardan écrit des textes de rap et écoute du grime, bande-son du Londres populaire des années 2000. Fils d’un imam assassiné, Yusuf voit la mosquée tomber aux mains des salafistes et se sent menacé.

En confrontant les voix de plusieurs générations d’immigrés en butte à la violence sociale et raciale, Guy Gunaratne relie des moments de l’histoire qui se répondent et s’amplifient comme une chambre d’écho. Un premier roman sous tension, écrit dans une langue littéralement inouïe. S. J.

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