Grand écran

Vendredi 14 Février 2020

La chronique cinéma de Vincent Ostria

Sátántangó de Béla Tarr

Vortex magyar. Comme les étoiles mortes, certains astres du cinéma ne sont visibles que des décennies après leur réalisation. Ainsi, il aura fallu attendre 26 ans avant que Sátántangó, le chef-d’œuvre de Béla Tarr, film-monde de 7 h 30, sorte enfin en salle. Seuls les aficionados avaient jusque là pu le découvrir lors de séances exceptionnelles et être abasourdis par sa force narrative et sa désespérance lyrique. L’action se déroule dans un village en pleine déliquescence de la Puszta hongroise. Pendant que les autochtones sont manipulés par un pseudo-gourou, escroc charismatique, une poignée de personnages périphériques survivent avec peine, comme le Docteur, commentateur alcoolique de la situation chaotique, ou une petite fille qui exprime toute la douleur du monde. C’est complexe comme un roman, et les plans-séquence en noir et blanc du cinéaste hongrois distillent une mélancolie lancinante. Pour parler d’“atmosphère” au cinéma, pas de meilleur exemple que ce récit noir et désespéré qui prend aux tripes et au cœur malgré ou grâce à sa durée hors-norme.

Papa gaga. Les 400 coups d’un père de famille, vétéran traumatisé de la guerre d’Irak qui est materné par Mickey, sa fille adolescente, qui tente, malgré ce fardeau permanent, de mener une vie ordinaire de jeune lycéenne de son âge. Ce premier film de bon aloi, est un peu le b.a. ba du cinéma indépendant américain. Il n’innove rien et s’engouffre dans des portes ouvertes, mais cela n’empêche pas d’avoir un certain charme, sans doute grâce à ses interprètes, qui sonnent toujours juste. Mais on aurait aimé être un peu surpris parfois.

Queen & Slim de Melina Matsoukas

Tout tout de suite. La cavale paroxystique et hédoniste à la fois d’un couple noir ; ils apprennent à s’aimer en prenant la fuite à travers les Etats-Unis après avoir tué un flic raciste qui voulait leur peau. Un road-movie enfiévré qui, comme de juste, ménage toutes sortes de rencontres cocasses et tragiques. Tout n’y est pas du meilleur goût, mais cette aventure est un manifeste pop et romantique jeté à la face de certains dirigeants réacs qui menacent les droits et les libertés, aux Etats-Unis comme ailleurs.

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