Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93. © Albert Facelly
Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93. © Albert Facelly
Mercredi, 27 Mai, 2020

Il y a urgence ! Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Espérance

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

Espérance est aide-soignante en Ehpad. Elle était en grève ce lundi (voir notre article - NDLR). Dans un groupe privé lucratif, ce n’est pas facile de se mobiliser. Mais depuis deux ans, avec la CGT, un syndicat a été créé et la solidarité du petit groupe lui a donné le courage de sortir devant l’établissement avec sa chasuble rouge pour demander le versement de la fameuse prime promise par le gouvernement mais qui, dans le privé, est laissée au bon vouloir des patrons. Elle préférerait une augmentation de salaire car, avec 1 400 euros, les fins de mois sont difficiles avec ses deux enfants. Alors une prime de 1 500 euros, ce sera un ballon d’oxygène.

Mais la liste des revendications est longue dans son établissement. D’abord, des effectifs supplémentaires. Car il n’est pas possible de faire la toilette d’un résident confiné au lit en 10 minutes. Et que les résidents qui ne peuvent se laver seuls n’aient droit qu’à deux douches par mois, cela la révolte. Il faudrait aussi une infirmière la nuit, car, quand un résident va mal, il faut appeler le Samu et il est difficile de donner tous les éléments utiles au médecin régulateur. Même si Espérance a de l’expérience, sa formation médicale est limitée.

Si Espérance se bat, c’est pour ne pas être oubliée. Le gouvernement a annoncé une revalorisation des salaires, mais surtout pour les infirmières. Mais une infirmière sans une aide-soignante ne peut pas prendre en charge seule un patient. Elles travaillent ensemble, forment une équipe. Et puis, on parle beaucoup des hôpitaux. Mais les Ehpad, ce sont 800 000 résidents, souvent très dépendants, dont il faut s’occuper tous les jours. Nous réclamons depuis plus de deux ans des embauches pour atteindre le ratio d’un personnel soignant par résident, c’est-à-dire ce qui existe dans plusieurs autres pays européens.

Alors oui, Espérance est pleine d’espoir ! C’est pour cela qu’elle lutte avec le syndicat, car elle aime son métier et ne veut pas l’abandonner comme un certain nombre de ses collègues qu’elle a vu partir ses dernières années, lassées par la dureté des conditions de travail et la faiblesse des salaires.

                                                                                                                                           

Retrouvez son précédent billet, La vie reprend, et l’ensemble de ses chroniques.

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