Christophe Prudhomme (Photo : Albert Facelly)
Christophe Prudhomme (Photo : Albert Facelly)
Jeudi, 9 Avril, 2020

Il y a urgence ! Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Réanimation 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

La particularité de cette épidémie n’est pas le nombre total de malades, mais le nombre de ceux qui nécessitent des lits de réanimation. Nous n’avons jamais connu un tel besoin, sur une si courte période. Si le nombre de nouveaux malades commence à diminuer grâce au confinement, en revanche les besoins en places de réanimation restent très élevés, augmentant légèrement chaque jour. Même en phase de plateau, la tension persiste. En Île-de-France, nous ne serions pas en capacité d’encaisser une deuxième vague de malades réanimatoires. Cette situation est aggravée par le fait que les patients restent longtemps en réanimation, avant de récupérer une fonction respiratoire normale, heureusement pour un grand nombre d’entre eux. Donc ne nous relâchons pas, il faut maintenir le confinement. Nous avons raclé les fonds de tiroir pour multiplier par 2,5 le nombre de lits de soins intensifs. Mais nous sommes à la limite de nos possibilités. Certains diront : « Cette situation est inédite, personne n’aurait pu la prévoir. » C’est en partie vrai. Mais cela n’efface pas le fait qu’avant la crise, l’hôpital était à l’os, après vingt ans d’austérité et de fermetures massives de lits. Il a été donc plus difficile de mobiliser des ressources en partant d’une situation dégradée, sans aucune réserve. N’en déplaise à certains qui ne veulent pas remettre en cause cette politique de réduction de l’offre de soins hospitalière, il est légitime aujourd’hui de rappeler les critiques et revendications portées depuis des années, qui se sont intensifiées ces derniers mois avec le mouvement débuté dans les urgences. Oui, nous remettons en cause la politique de fermeture des établissements de proximité ; la concentration de moyens dans un nombre réduit d’hôpitaux, localisés dans les métropoles ; la politique du tout ambulatoire ; la gestion des hôpitaux comme des « entreprises de production de soins » ; la logique productiviste et le fonctionnement à flux tendu… Bref, tout ce qui a été mis en place depuis des années par les différents ministres de la Santé, Roselyne Bachelot comprise. Leur pitoyable tentative de se dédouaner de leurs responsabilités est honteuse. Il va falloir maintenant changer de logiciel pour reconstruire un système de santé qui ne peut reposer que sur deux principes essentiels : le service public et une sécurité sociale à 100 %.

Retrouvez le précédent billet du Dr Prudhomme, «Mutinerie», sur l’Humanité.fr

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