Italie. Le quotidien communiste Il Manifesto perd sa fondatrice

Mardi 22 Septembre 2020

Figure de la gauche du PC italien puis du communisme hétérodoxe, Rossana Rossanda est décédée dimanche.

Elle aimait à se définir comme  « la fille du siècle dernier ». Une expression qui devint le titre de ses mémoires. Rossana Rossanda aura survécu vingt ans à son époque, le très tourmenté XXe siècle. Elle est morte dimanche, à 96 ans. Elle était née en 1923, à Pola, terre qui fut un temps italienne, puis rendue à la Yougoslavie en 1947. Militante du Parti communiste italien (PCI), elle eut l’honneur d’en être nommée responsable à la culture par le secrétaire général d’alors, Palmiro Togliatti, en 1963, année où elle entra au Parlement. Six ans plus tard, en 1969, elle eut les honneurs d’Enrico Berlinguer, qui n’était pas encore numéro un du PCI : celui-ci fut le seul au sein de la direction du parti à s’opposer à l’exclusion de Rossana Rossanda, trop critique des réalisations du socialisme réel à l’Est.

Cette même année, avec un groupe d’intellectuels communistes de l’aile gauche mouvementiste, elle fonda avec Luigi Pintor la revue Il Manifesto, qui devint en 1971 un quotidien communiste, mais critique du PCI. Ce titre existe toujours, même si elle n’y collabore plus depuis 2012.

Elle participa aux batailles féministes des années 1970. Et lors des années de plomb, en 1978, elle rédigea un article qui fit parler d’elle. Elle dit alors reconnaître dans les propos des terroristes des Brigades rouges le discours des communistes des années 1950 : « On a l’impression de feuilleter l’album de famille. » Une manière de condamner l’abandon de la critique frontale de la démocratie par le PCI, à l’heure où, sous Berlinguer, était en vigueur la stratégie du compromis historique.

Figure de la gauche italienne, elle noua des liens, alors qu’elle était responsable de la Maison de la culture de Milan, avec de nombreux intellectuels européens. En France, elle fut liée à Louis Althusser, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.

×