Accompagnée de son frère de 7 ans, Ramatoulaye était juste sortie acheter du lait pour son bébé. NnoMan Cadoret
Accompagnée de son frère de 7 ans, Ramatoulaye était juste sortie acheter du lait pour son bébé. NnoMan Cadoret
Vendredi, 3 Avril, 2020

« Je rentrais des courses, j’ai pris un coup de Taser »

Ramatoulaye, 19 ans, raconte un contrôle subi à Aubervilliers. Dans les quartiers populaires, les brutalités policières se multiplient depuis le début du confinement.

Quand Ramatoulaye regagne son domicile après ses emplettes au supermarché, elle ne s’attend pas à vivre un cauchemar. À Aubervilliers, lors d’un contrôle policier, cette jeune femme de 19 ans s’écroule, violemment touchée à la poitrine par un coup de Taser, avant de se retrouver plaquée au sol par plusieurs agents. « J’étais partie acheter du lait pour mon nourrisson, raconte cette mère de famille, encore sous le choc. Ils m’ont frappée, traitée de pute , sous les yeux de mon frère de 7 ans. » Cette intervention par une équipe de policiers lui a valu un traumatisme de l’épaule, du poignet, des hématomes, une douleur intense au niveau de la cuisse, et cinq jours d’ITT.

Les faits remontent au 19 mars. Devant les policiers, Ramatoulaye présente son attestation de sortie manuscrite. « Je l’avais rédigée à la main parce que nous n’avons pas d’imprimante, explique l’étudiante. Je suis passée au taxiphone pour en imprimer mais c’était fermé. » Puis, tout dérape. Selon la jeune femme, un policier lui donne un coup de Taser. Elle pousse aussitôt un cri strident avant de tomber au sol, comme le montre une vidéo postée sur Twitter. Et subit ensuite un plaquage ventral. Ramatoulaye est conduite au commissariat. « Dans le fourgon, ils m’ont giflée à plusieurs reprises, se sont moqués de moi. Puis, ils m’ont mise en cellule, avec un vieil homme, et m’ont balancé : « Tiens, tu vas attraper le coronavirus ! » » Elle est relâchée le jour même, sans poursuites.

Après un tel traitement, la jeune femme veut logiquement porter plainte. « Mais on m’a dit qu’on ne pouvait pas aller au commissariat à cause du coronavirus, affirme Ramatoulaye. J’ai fait un signalement en ligne à l’IGPN. » Avec son avocat, Me  Nabil Boudi, elle va toutefois déposer une plainte pour « violences en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique avec usage d’une arme » et « injures ».

Plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux

Le Défenseur des droits a aussi été saisi. « Ma cliente était en règle : elle a présenté immédiatement son attestation écrite, aucun décret n’impose qu’elle soit dactylographiée », insiste Me Boudi. Qui pointe le caractère discriminatoire du contrôle : « Les contrôles d’identité en banlieue sont toujours fondés sur le délit de faciès. On a vu des centaines de Parisiens se baladant au jardin des Tuileries. Là-bas, aucun contrôle d’identité n’a débouché sur ces violences. »

De fait, l’exemple de Ramatoulaye n’est pas isolé. Plusieurs scènes de brutalités policières en banlieue ont été filmées depuis le confinement. Aux Ulis (Essonne), Sofiane, 21 ans, livreur chez Amazon, a eu le malheur de sortir sans attestation et de croiser la BAC. Le jeune homme sera mis à terre, frappé à de multiples reprises et traîné sous un porche, à l’abri des regards. Une vidéo témoigne de ces violences où on l’entend hurler de détresse. « L’un des policiers lui touche les parties intimes, un autre lui met une main sur la bouche, tandis que Sofiane reçoit une pluie de coups, raconte Me Samim Bolaky, l’avocat du livreur. Les coups ont continué jusqu’à ce qu’il tombe par terre. » Bilan : quatre jours d’ITT et, cerise sur le gâteau pour la mère de Sofiane, une contravention pour avoir conduit son fils à l’hôpital sans être munie d’une attestation. Depuis, une plainte contre X a été déposée auprès du parquet d’Évry.

Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, dont la LDH, ont recensé des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux « montrant des habitant·e·s apparemment frappé·e·s, gazé·e·s, et, dans un cas, une personne se faisant heurter par un policier à moto ». Elles « appellent le ministre de l’Intérieur et le directeur général de la police nationale » à veiller au respect des lois, rappelant que « les contrôles de police ne doivent être ni abusifs, ni violents, ni discriminatoires ».

Lola Ruscio
×