Photo Evaristo SA/AFP
Photo Evaristo SA/AFP

Judo. Teddy Riner promet du lourd

Jeudi 6 Février 2020

À six mois des Jeux, « l’imperator » est sur l’orbite d’un troisième titre à Tokyo. Le judoka le plus titré de l’histoire fait son retour au tournoi de Paris le 8 février, où il n’avait plus combattu depuis 2013.

Avec Teddy Riner, 30 ans, judoka le plus titré de l’histoire, tout pèse. Son palmarès – 10 titres mondiaux individuels et 2 médailles d’or olympique –, sa masse athlétique – 140 kg –, sa valeur marketing. Au faîte de sa gloire, le judoka parisien y a ajouté le poids de l’absence. Après un dernier titre mondial individuel obtenu en toutes catégories, à Marrakech, en novembre 2017, il s’est éclipsé pendant près de deux ans. Besoin de laisser souffler le corps et l’esprit.

Le licencié du PSG Judo s’est offert une longue parenthèse, sans jamais se faire oublier, et aura mis vingt mois pour redevenir un combattant sur un tapis. C’était en juillet 2019, à Montréal. Un premier tournoi gagné, comme si le fil ne s’était jamais rompu. Il a doublé l’essai avec la même réussite au Grand Slam de Brasilia, en octobre. Et le voilà, les 8 et 9 février, en haut de l’affiche au tournoi de Paris, la référence mondiale en début d’année. À un semestre du rendez-vous olympique, l’unique objectif qui le fait « suer à chaque seconde d’entraînement », sa présence est déjà un événement.

L’éloignement sportif n’a pas ralenti la cadence car l’élève de Franck Chambily présente, aujourd’hui, une série de 152 combats consécutifs sans défaite. La statistique assomme une concurrence qui subit sa loi depuis son premier titre senior en 2007. Il n’avait que 18 ans. Aujourd’hui, à 30 ans, Teddy Riner a déjà passé la moitié de sa vie dans le judo de compétition (il est arrivé au pôle France à l’âge de 14 ans), et pourtant l’essentiel resterait à venir. « Obtenir une 3e médaille d’or à Tokyo, c’est l’objectif de toute une carrière », dit-il. « Si je veux l’être, il faut le faire avec la manière et mes capacités », précisait-il au moment de reprendre l’entraînement fin 2018. Il en finissait avec quelques mois de coupure et entamait un stage au Japon. Encore. Le géant y a séjourné plus de quarante fois et c’est dans l’archipel qu’il doit écrire le plus grand chapitre de sa légende, cet été.

le niveau s’élève

Seul le Japonais Tadahiro Nomura (– 60 kg) a réussi l’exploit d’accrocher trois titres olympiques (1996, 2000, 2004). Riner, dans la catégorie reine des lourds, également médaillé de bronze à Pékin (2008), s’attaque au record et y a tout consacré. Beaucoup de stages, mais peu de compétitions, la faute à une côte cassée en fin d’année. Seulement deux tournois en 2019 sur quatre prévus. Qualifié pour les JO, il accuse donc encore du retard dans le classement mondial pour figurer dans les huit premiers, ce qui lui garantirait un meilleur tirage aux Jeux. D’où la nécessité d’aller chercher des points en ce début d’année. « On l’a inscrit partout », prévient Stéphane Traineau, directeur des équipes de France : « Mais ça ne veut pas dire qu’il y sera. On va juger de ce qui est nécessaire. »

L’exercice lui permet de jauger son niveau de préparation. Et il autorise la concurrence à observer le retour du patron et scruter son état de forme. Ses adversaires cherchent toujours la tactique pour le faire tomber. Au Japon, c’est devenu une obsession.

« Quand j’ai commencé, c’étaient des colosses, des mecs puissants, plus costauds », confiait le double champion olympique mi-janvier. « Aujourd’hui, ce sont plus des mi-lourds qui sont montés dans la catégorie et qui en imposent par leurs aptitudes physiques, mais aussi techniques. Ils sont plus jeunes, plus vaillants, ambitieux. Je me redécouvre dans cette catégorie, car ça a totalement changé après Rio (2016). J’ai dû me réinventer, remettre en place un schéma technico-tactique, apprendre à faire avec eux aussi. Et j’aime bien ça ! »

Le niveau s’élève. En janvier, au stage en Autriche, il a enchaîné des dizaines de combats d’entraînement. Puis, aux États-Unis, où il passait une semaine pour satisfaire les obligations commerciales avec son équipementier, il a poursuivi le travail avec son staff et son partenaire d’entraînement, l’Allemand Nico Kannung, promis à la torture physique depuis une décennie.

Au tournoi de Paris, il se sait attendu. « Surtout par le public, c’est très important pour eux », ajoute Traineau. « Au sein de l’équipe de France, Teddy a toujours conservé son rôle de leader comme Clarisse (Agbegnenou, quadruple championne du monde en –63kg) et quelques autres chez les femmes. Ça ne change pas grand-chose. En revanche, la pression du tournoi de Paris met toujours plus les athlètes français dans l’ambiance. »

Le double champion olympique a remporté six fois de suite le tournoi parisien de 2008 à 2013. Il a le goût d’allonger les séries. L’édition 2020 promet autre chose, un rêve olympique. «Je me prépare pour y gagner avec de l’avance, de l’aisance », assure-t-il quand on évoque le tournoi à Tokyo. Il est bien décidé à prendre toutes ses aises.

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