Justice. Le consentement, nœud de l’affaire Ramadan

Vendredi 14 Février 2020

L’islamologue suisse, mis en examen pour deux viols qu’il conteste et objet de plusieurs plaintes, était auditionné jeudi matin par les juges.

Les liens instaurés par Tariq Ramadan avec ses victimes présumées relèvent-ils de l’emprise ? C’est ce que cherchaient à déterminer, jeudi matin, les juges qui ont auditionné l’islamologue. Une expertise est d’ailleurs en cours par le psychiatre Daniel Zagury, qui rendra ses conclusions fin avril. Si l’emprise est avérée, l’accusé pourrait être reconnu coupable de viol « par contrainte morale ». Il encourrait alors jusqu’à vingt ans de prison.

Depuis le 2 février 2018, le philosophe est mis en examen pour le viol de deux femmes, une ancienne salafiste, Henda Ayari, et une autre, « Christelle », respectivement en 2012 à Paris et en 2009 à Lyon. Le 22 octobre 2018, l’homme de 57 ans a reconnu avoir eu des rapports sexuels avec ces deux premières accusatrices, après la révélation de SMS et de courriels très explicites échangés avec les plaignantes. Il reconnaît désormais avoir entretenu avec elles des relations de domination rudes mais « consenties ». Les deux femmes parlent de « pression » et de « lavage de cerveau », pour l’une, d’ « emprise » pour l’autre, qui dit sa « hantise de perdre le lien » avec le prédicateur si elle ne le satisfaisait pas. Deux autres victimes potentielles apportent de l’eau au moulin de « l’emprise ». Elles ont raconté aux enquêteurs comment le « manipulateur » les avait entraînées, en 2015 et 2016, dans une relation « dominant-dominé » virtuelle, avant un rendez-vous brutal. L’une d’elles, âgée de 37 ans, vient de déposer plainte.

Les défenseurs de Tariq Ramadan crient au complot. Ils s’appuient sur le fait que deux autres femmes ont porté contre lui des accusations non étayées : Mounia Rabbouj, une ancienne escort-girl, en mars 2018 ; et, l’été dernier, « Elvira », une prétendue journaliste dont, après six mois d’enquête, la brigade criminelle n’a pu corroborer le récit.

Ce qui n’empêche pas une source proche de souligner, après plus de deux ans d’investigations, « le schéma répété » spécifique au dossier Ramadan, dont toutes les victimes n’ont peut-être pas encore parlé. En attendant, l’islamologue, libéré sous caution en novembre 2018, reste interdit de quitter le territoire français.

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