En 2018, la consultation populaire avait vu le non à la «	pleine souveraineté	» de l’archipel du Pacifique l’emporter. Théo Rouby/Hans Lucas
En 2018, la consultation populaire avait vu le non à la « pleine souveraineté » de l’archipel du Pacifique l’emporter. Théo Rouby/Hans Lucas
Vendredi, 29 Mai, 2020

Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Tensions à l’approche du deuxième référendum

Les indépendantistes du FLNKS demandent le report du scrutin prévu par les accords de Nouméa et fixé au 6 septembre. D’autres divergences rejaillissent.

Relativement épargnée par l’épidémie de Covid-19, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie connaît un regain de tension à l’approche du deuxième référendum d’autodétermination, prévu par les accords de Nouméa en 1998. Le deuxième sur trois, après celui de novembre 2018 qui avait vu le non à la « pleine souveraineté » l’emporter, avec un score beaucoup plus faible que prévu (56,67 % des voix). Mais le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) demande le report du scrutin prévu le 6 septembre, arguant notamment d’un « calendrier bousculé » par la crise du Covid-19, selon Charles Washétine, membre du bureau politique du FLNKS et porte-parole du Parti de libération kanak. Il précise que « le temps de la campagne des municipales empiète (celui) du référendum » et demande que le scrutin ait lieu aux alentours du 25 octobre.

La droite veut modifier le Code minier

Autre demande du FLNKS : que le gouvernement français produise le document attendu qui précise les modalités des relations entre la France et la Kanaky-Nouvelle-Calédonie en cas de victoire du oui au référendum. Et la crise du Covid-19, gérée collectivement avec un certain succès – 19 cas, aucun décès, confinement du 24 mars au 20 avril –, donne ­aujourd’hui lieu à un reproche des indépendantistes envers la droite coloniale d’Avenir en confiance, le rassemblement des anti-indépendantistes qui dirige le gouvernement. Le FLNKS déplore ainsi « l’instrumentalisation qui est faite par l’Avenir en confiance », sur le thème de l’aide indispensable de la France, qui se traduit par « une communication à sens unique, confiscatoire et sans concertation avec les autres institutions du pays », référence aux provinces Nord et Loyautés dirigées par les indépendantistes kanaks. Mais le FLNKS est divisé sur cette question, entre l’UC, dont certains dirigeants tels que Daniel Goa tirent à boulets rouges sur le gouvernement et le haut-commissaire de la République, et l’UNI, qui estime que la bonne gestion de la crise est une victoire collective. Pour ajouter encore aux tensions, la droite veut modifier le Code minier – sujet sensible s’il en est en KNC. Les indépendantistes estiment que la droite brade les richesses du pays aux multinationales. La campagne du référendum, qui ne débutera véritablement qu’après le second tour des municipales, s’annonce plus tendue que celle de 2018 : « Le premier référendum avait été salué pour son exemplarité. Il doit en aller de même pour le deuxième », a averti Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès. La réaction de l’État et le début de la campagne donneront un premier élément de réponse.

Benjamin König
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