Le 7 avril, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Édouard Philippe a prévenu : « Aujourd’hui, c’est l’heure du confinement. Et l’heure du confinement va durer. » (Photo : Eric Gaillard / Reuters)
Le 7 avril, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Édouard Philippe a prévenu : « Aujourd’hui, c’est l’heure du confinement. Et l’heure du confinement va durer. » (Photo : Eric Gaillard / Reuters)
Vendredi, 10 Avril, 2020

Manque de masques, de tests, et d'anticipation... Pourquoi le confinement va durer

Quelles que soient ses modalités et son échéance, la fin du confinement dépend d’outils encore indisponibles, rendant très incertaine l’issue de la crise sanitaire.

Alors qu’Emmanuel Macron doit à nouveau prendre la parole devant les Français lundi 13 avril, les espoirs de ceux qui pensaient entrevoir une date limite au confinement sont douchés pour un bon moment. Le 7 avril, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Édouard Philippe a prévenu : « Aujourd’hui, c’est l’heure du confinement. Et l’heure du confinement va durer. » Mercredi, en annonçant la prise de parole du président de la République pour le 13, il était désormais acquis pour le pouvoir qu’il allait falloir jouer les prolongations. Mais alors, quand les autorités seront-elles en mesure d’entamer un déconfinement, fût-il progressif ?

La réponse est à ce jour quasiment impossible à donner. Non parce que la pandémie serait en elle-même imprévisible, mais parce que son issue dépend avant tout de la mise à disposition d’outils qui n’existent pas encore, du fait de choix politiques antérieurs à la crise sanitaire. Pour déconfiner la population, et en l’absence de vaccin, le gouvernement doit d’abord savoir où en est exactement l’épidémie sur le territoire national : quelle proportion de la population a été contaminée et donc immunisée. Les épidémiologistes estiment qu’il faut que 60 % à 70 % de la population ait rencontré le virus pour obtenir une « immunité collective » et entrevoir la fin de l’épidémie.

Des milliers de cas passés en dessous des radars

Or, à ce jour, les seuls indicateurs fiables sortent des hôpitaux. Il s’agit des cas avérés, c’est-à-dire testés, du nombre de personnes en réanimation et en service de soins intensifs, du nombre de décès… Autrement dit, il s’agit d’informations partielles. On sait que ce virus est très contagieux, et qu’il peut être asymptomatique ou ne donner que des symptômes bénins. Des milliers de cas passent donc en dessous des radars, tandis que le recensement du nombre de décès dans les Ehpad n’a démarré que depuis une semaine.

En conséquence, les hypothèses de sortie du confinement se sont considérablement compliquées. Le pic épidémique était jusqu’ici attendu en France pour le milieu du mois d’avril. Une étude réalisée par le groupe Boston Consulting est plus pessimiste : elle situerait ce pic un mois plus tard, à la mi-mai. Et envisagerait donc une fin du confinement entre la mi-juin et la fin juillet… Pour les scolaires, l’hypothèse d’une reprise des cours seulement en septembre est même évoquée.

Les différents scénarios de sortie du confinement

Interviennent ensuite les différents scénarios de sortie du confinement. D’abord, le « stop and go » : une alternance entre période de « distanciation sociale », telle qu’elle est en vigueur depuis le 17 mars en France, dès que les admissions aux urgences augmentent, et retour à la vie normale. Ensuite, le déconfinement en fonction des tranches d’âge : les plus âgés, plus vulnérables au virus, resteraient confinés plus longtemps afin de limiter le nombre de décès. Enfin, il reste le scénario d’un déconfinement au cas par cas : confiner les malades avérés et leur entourage, déconfiner ceux qui ont guéri ou ne sont pas porteurs.

Un dépistage massif ? Pas avant juin...

Cette hypothèse ne serait possible qu’à l’aide, d’une part, d’un dispositif de traçage des malades et de leurs contacts grâce à des applications sur smartphone, utilisé en Chine et en Corée du Sud et étudié par le gouvernement en France sur la base d’un engagement volontaire. D’autre part, il dépend de l’existence et de la disponibilité massive des tests rapides. Cinq millions de ces tests sont actuellement commandés selon Olivier Véran, le ministre de la Santé, ce qui devrait permettre un dépistage de 100 000 personnes par jour… mais pas avant le mois de juin.

Outre la crise sanitaire qui se rallonge donc pour une durée indéterminée, ce sont ses conséquences économiques qui s’en trouvent de moins en moins calculables. Après trois semaines de confinement, la Banque de France annonçait déjà 6 % de récession pour le PIB français au premier trimestre de 2020.

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