REUTERS/Benoit Tessier/Pool
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Vendredi, 22 Mai, 2020

Municipales : un second tour le 28 juin, sous toutes réserves…

Le gouvernement a décidé d’organiser le second tour le 28 juin, sous réserve d’un réexamen de la situation sanitaire dans quinze jours. Si l’évolution de la situation épidémique reste favorable, le scrutin pourra se tenir.

Le gouvernement a donc tranché : le second tour des élections municipales aura lieu le 28 juin. Quelque 5000 communes qui n’avaient pas élu leur maire dès le premier tour sont concernées par ce scrutin. Il devait avoir lieu initialement le 22 mars, mais il avait été reporté au lendemain du premier tour en raison de la crise sanitaire.

Le gouvernement a tranché, mais il reste quelques réserves… Cette date est soumise à une « clause de revoyure », conformément à l’avis du Conseil scientifique, c’est-à-dire à une nouvelle évaluation de la situation épidémique dans deux semaines. Si l’évolution sanitaire était défavorable, le 28 juin serait annulé. À ce moment-là, ce sont les deux tours de l’élection qu’il faudrait refaire, probablement en janvier 2021.

Le premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont également indiqué les modalités de la tenue de ce scrutin : masques obligatoires, gels hydroalcooliques, visières pour les assesseurs au dépouillement… En outre, la campagne qui se tiendra d’ici le 28 juin sera totalement inédite. Pas de meetings, pas de porte-à-portes, pas de distribution de tracts… Les équipes de campagne sont priées de faire une campagne la plus numérique possible, et les professions de foi distribuées dans les boîtes aux lettres pourraient être plus conséquentes qu’habituellement.

Pour ce scrutin sur lequel pèsent encore des incertitudes, les réactions politiques ont donc été souvent perplexes. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a ainsi estimé qu’il fallait « pouvoir préparer ces élections parce qu’elles sont importantes pour la démocratie. Mais il ne serait pas compréhensible qu’elles se tiennent si les conditions sanitaires ne sont pas respectées ou s’il y a encore des départements verts et rouges ». Le secrétaire national d’EELV, s’il souhaitait la tenue de ce second tour le 28 juin parce qu’organiser deux tours plus tard aurait multiplié les risques, a préféré insister sur la clause de revoyure : « c’est ça qui déterminera si on peut tenir les élections » a-t-il prévenu. Au PS, la maire sortante de Lille a « pris acte » de la décision du gouvernement, tandis qu’à Paris, le premier adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, a rappelé également les conditions sanitaires du scrutin : Si elles « sont réunies et le conseil scientifique le confirmera 15 jours avant, cette date est un choix nécessaire car elle permettra un redémarrage démocratique capital ». À la France Insoumise en revanche, on conteste le choix du 28 juin. Le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel a fustigé le gouvernement, l’accusant de prendre le risque de « répéter la faute du premier tour » qui avait été maintenu deux jours avant le confinement. Il a en outre dénoncé les conditions dans lesquelles va se dérouler la campagne du second tour : « organiser une élection sans le droit de faire une vraie campagne est une dangereuse première ». Jean-Luc Mélenchon s’en est lui pris au ministre de l’Intérieur, qui prétend selon lui que « tous les partis seraient d’accord ». « Alexis Corbière a clairement et fermement dit le contraire à Matignon. S’ils commencent comme ça, ça veut dire qu’ils veulent impliquer tout le monde dans une décision dont ils savent qu’elle est à nouveau improvisée », a dénoncé le député des Bouches-du-Rhône. Partisans d’un plan de relance qui démarre avant l’été, Les Républicains étaient les plus fervents partisans de l’organisation de ce second tour dans les meilleurs délais.

Les collectivités territoriales représentent quelque 70 % de la commande publique, qui jouera un rôle essentiel dans la relance économique. Dans les municipalités concernées par l’organisation du second tour, les maires sortants avaient été prolongés et géraient les « affaires courantes » dans le cadre de la crise sanitaire. Pour prendre des décisions et conduire des politiques en accord avec les programmes de campagne, terminer cette élection est essentiel d’un point de vue politique. Les intercommunalités, également essentielles dans les commandes publiques ne disposent pas encore de tous leurs élus. Le gouvernement a choisi d’accélérer, avec l’épée de Damoclès de la situation sanitaire d’ici le 28 juin. À la revoyure donc…

Diego Chauvet
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