Jeudi, lors de la visite du président sur la Mer de Glace (Haute-Savoie). Denis Balibouse/Pool/AFP
Jeudi, lors de la visite du président sur la Mer de Glace (Haute-Savoie). Denis Balibouse/Pool/AFP

Pollution. Emmanuel Macron dérape sur les camions

Vendredi 14 Février 2020

« Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirmait le chef de l’État le 12 février, dans les colonnes du Dauphiné libéré. Une sortie peu goûtée par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air.

C’est une petite phrase lâchée en haute montagne et dont l’écho n’a pas fini de résonner. Interrogé à la veille de son show en mer de glace par le Dauphiné libéré, Emmanuel Macron est revenu de façon lapidaire sur le débat soulevé, en vallée d’Arve, concernant le passage de très nombreux poids lourds. « Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirme le président dans les colonnes du quotidien régional du 12 février, tout en renvoyant à l’Europe la question d’un renouvellement du parc de camions. « Si j’impose ce renouvellement seulement aux camions de la région, je les tue, car des camions viendront d’Espagne ou de Roumanie », plaide-t-il.

Une politique de fret ferroviaire doit être engagée par la France

L’argument est peu goûté par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air, lesquels n’ont pas manqué de réagir. « Nous n’avons jamais demandé l’interdiction de tous les camions ! » s’agace Anne-Lassman Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie. « Soit le président ne nous écoute pas, soit ses propos sont très réducteurs : quoi qu’il en soit, il ne répond pas à la question que nous lui posons.» La demande des habitants est bien plus réaliste, poursuit la militante. « Ce que nous proposons, c’est de transférer une partie des camions sur les capacités existantes du rail non utilisées. »

Une voie ferrée existe entre Lyon et l’Italie, qui n’est employée qu’à 20 % de ses capacités, avancent les associations réunies en comité de protection de la vallée. Il n’y passe que 3 millions de tonnes de marchandises chaque année, alors que ses capacités sont de 15 millions de tonnes, selon la SNCF.

Achevés en 2012, les travaux dédiés à sa modernisation ont coûté près d’1 milliard d’euros, poursuit Anne-Lassman Trappier. « Or, aujourd’hui, on y enregistre moins de trafic qu’avant leur lancement. » La vraie question à se poser, conclut la présidente associative, « est de savoir si la France a la volonté d’engager une politique de fret ferroviaire ».

L’enjeu est essentiel pour le climat, quand les émissions de gaz à effet serre du trafic routier comptent pour 95 % des émissions de gaz à effet de serre liées au transport, premier responsable des émissions en France (29,4 % de l’ensemble des émissions de GES du pays). L’enjeu est essentiel, aussi, pour la qualité de l’air et la santé des habitants.

Des habitants de la vallée d’Arve ont porté plainte contre l’État

Nichée à l’extrême est du département, bordée par la Suisse et l’Italie, avec pour débouché le tunnel du Mont-Blanc, la vallée d’Arve est depuis des décennies une zone de transit marchand où croisent tous les bahuts d’Europe. En 2017, année de trafic particulièrement intense, l’association Inspire comptabilisait le passage de 620 000 poids lourds dans le tunnel du Mont-Blanc. Les flux ont sensiblement baissé depuis, singulièrement depuis le 1er janvier 2019, date à partir de laquelle les poids lourds mis en circulation avant le 1er octobre 2006 et supérieurs à 7,5 tonnes y ont été interdits de circulation.

La vallée n’en continue pas moins d’étouffer sous les gaz, entre autres le dioxyde d’azote (NO2) émis par les moteurs diesel. L’Arve compte parmi les 12 zones de France qui ont valu à la France d’être condamnée par l’Europe pour dépassement du seuil de NO2 dans l’air. En 2018, une étude de Santé publique France avançait que, dans cette vallée sujette à de fréquents pics de pollution, 8 % des décès pouvaient être attribuables aux particules fines, soit 85 décès par an. En mai de cette même année, plusieurs habitants avaient décidé de porter plainte contre l’État.

À Chamonix, « Emmanuel Macron a atteint le sommet de l’hypocrisie  ! » tempêtait, hier sur Europe 1, François Ruffin. « Depuis le début de son mandat, aucune mesure n’a été prise en matière de ferroutage. Alors que de l’autre côté de la frontière, la Suisse a décidé, par référendum, que tout ce qui transiterait dans le pays passerait par le rail, sauf à payer une taxe. » Emmanuel Macron «est président de la République, pas du conseil départemental de Haute Savoie, poursuivait le député de la France insoumise. On attend de lui des mesures un peu plus structurelles à l’échelle nationale que celles consistant à réguler le trafic des touristes en haut du mont Blanc »

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