MARCO BERTORELLO / AFP
MARCO BERTORELLO / AFP

Quand les bouleversements climatiques frapperont à votre porte

Lundi 10 Février 2020

L’Agence européenne de l’environnement met en ligne une série de cartes donnant à voir les impacts du réchauffement à l’échelle de régions, voire de villes.

Voilà qui offre matière à réfléchir sur les effets qu’auront demain des politiques climatiques engagées aujourd’hui. L’Agence européenne de l’environnement (AEE) met en ligne, ce 10 février, une série de cartes permettant à chacun d’observer les impacts du changement climatique à l’échelle de sa région, et pourquoi pas de sa ville. Montée des eaux, inondations, feux de forêt et conséquences économiques : les principaux corollaires d’une hausse mondiale du thermomètre sont répertoriés à l’aune de deux scénarios. Le premier envisage une augmentation de moins de 2 °C de la température globale par rapport à l’ère préindustrielle, soit le maximum auquel se sont engagés les pays dans le cadre de l’accord de Paris adopté en 2015.

Le second scénario se projette dans un monde réchauffé autour de 4 °C, soit peu ou prou ce qu’il est susceptible d’arriver si l’on s’en tient aux trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre (GES) actuelles (les experts estiment que, même s’ils étaient respectés, ce qui est loin d’être encore systématiquement le cas, les engagements de réduction de GES pris à Paris nous conduisent à un réchauffement d’environ 3 °C).

Dans les deux cas, les bouleversements sont déjà enclenchés, souligne l’AEE. « Ils deviendront plus graves à l’avenir même si les efforts mondiaux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre se révèlent efficaces », rappellent les experts, lesquels s’empressent toutefois de souligner, comme avant eux le Giec, que chaque degré gagné sur le réchauffement fera la différence.

« Les répercussions seront beaucoup moins graves si les efforts de réduction des émissions réussissent à maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en deçà de 2 °C, explique l’AEE. Tout scénario d’émissions plus élevées entraînerait des changements climatiques beaucoup plus importants. »

Les avantages de l’adaptation

À l’heure où l’Union européenne s’engage dans un vaste pacte vert ( Greendeal), les données fournies par son Agence de l’environnement donnent une idée de l’enjeu à le mener à terme. Par exemple en matière de feux. L’augmentation prévue du risque d’incendie provoqué par le réchauffement en Europe du Sud – en incluant la France – est d’environ 30 % à 40 %, dans le cas d’un scénario « à 2 °C ». Elle grimpe à plus de 40 % dans le cas d’une hausse « à 4 °C ».

Les cartes, où sont reportées les données collectées au fil de plusieurs études, offrent également des indications sur la nécessité de se préparer dès à présent à des bouleversements inéluctables.

Les données concernant l’impact du réchauffement sur les revenus des agriculteurs illustrent avec éloquence les avantages potentiels de politiques d’adaptation. Touché tout aussi bien par les sécheresses que par les inondations dont la récurrence et/ou l’intensité ne vont pas manquer d’augmenter, le secteur compte parmi les plus exposés.

Sans mesure d’adaptation, le revenu moyen des paysans pourrait chuter de 0,5 % à 10 % en France, voire au-delà en région parisienne. Avec une adaptation adéquate et anticipée, ils pourraient augmenter de 0,5 % à plus de 5 %, exception faite d’une partie de l’Occitanie.

Les conséquences économiques pourraient également être marquées pour les zones côtières, exposées tout à la fois à la montée du niveau de la mer (recul du trait de côte) et aux inondations. « En l’absence de nouveaux investissements dans l’adaptation, les pertes annuelles moyennes dues aux inondations côtières dans les 17 principales villes côtières européennes pourraient passer d’environ 1 milliard d’euros en 2030 à 31 milliards d’euros en 2100 dans le scénario d’émissions élevées », relève l’AEE. En s’en tenant aux structures actuelles de protection et de prévention, le nombre annuel de personnes exposées aux crues et autres vagues de submersion devrait passer de 102 000 à potentiellement 3,65 millions au cours de la même période, nous alerte encore l’AEE.

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